Fiche " Amin's blues "
     
  Amin's blues  

De combats minables en combines foireuses, le boxeur poids lourd Amin Lodge, dit Le Courtaud, n'en finit plus de tomber dans le tréfonds de la mouise, de la dèche, de la débine... Existe-t-il un mot pour décrire sa descente aux enfers ? Certains soirs, possédé par une irrépressible pulsion de tuer, il court après son chanteur de blues fétiche qu'il rend inexplicablement responsable de son sort. Nad Burnsteen, la journaliste du "Blues monthly stars" de Chicago enquête... Noir, plus que noir : blark !

 

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Max Obione
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roman noir
160 pages
ISBN : 978-2-916330-04-6
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Prix TTC : 8  €
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                                Un tocard en enfer

A propos

Un boxeur poursuit un chanteur de blues d'une haine criminelle. Résumée de la sorte, l’intrigue rassemble deux éléments : la boxe et le blues, qui sont deux passions de l’auteur. Max Obione recycle les clichés du genre et nous plonge au cœur du "deep south" des Etats-Unis, entre Louisiane et Mississipi, sur lequel plane la mémoire du désormais mythique Robert Johnson. Tous les ingrédients sont réunis : la haine de soi que le héros conjure par les coups qu’il encaisse, l’infini malheur d’être au monde véhiculé par les chanteurs de blues de son enfance à Baton Rouge, la déchéance qui l’expédie au fond du trou où moisissent les cinglés et les morts en sursis. « Je vivais par suicide.», cette citation de Ken Bugul ouvre l’ouvrage, il se termine par le blues d’Amin composé par l’idole du blues !
Max Obione confirme le talent littéraire que les amateurs ont découvert dans ses précédents romans. L’air poisse, les passions sont exacerbées, la musique des 12 mesures rythme le destin qui s’accomplit, on baigne dans une ambiance de « bruit et de fureur » qui évoque les romans de Harry Crews. Mais dans ce noir absolu, une petite lueur danse dans les yeux d’une gamine délurée...

Au plan de la forme, Obione utilise une structure romanesque originale qui procède par collage de documents, témoignages et récits. Un docu roman en quelqque sorte. Les paroles des nombreux blues qui émaillent le roman sont traduites en fin d'ouvrage.

REVUE DE PRESSE

Cyrille Mousset a lu Amins' blues (post sur la liste 813, janvier 2008)

ODE A MAX

De son écriture de velours,

Delphine* m'a volé mon amour

Désespérée mais encore motivée,

Je décide de suivre les conseils de JB**

Bannir les grossièretés de notre vocabulaire,

Afin d'éviter les sécateurs du censeur patibulaire

Je m'en vais donc vous narrer une histoire,

De celles que comme Delphine, vous lirez le soir...

Amin Lodge est un boxeur des ring clandestins, fatigué des coups. Le dernier qu'il donne est fatal et tue son adversaire. C'est le début d'une folle cavale avec sur son chemin, une catin, un détective à ses trousses, une jeune paumée qu'il prend sous son aile, une journaliste à sa recherche et un fond de blues qui accompagne le roman du début à la fin sur les textes de Lonnie Treasure. Car Amin a une haine contre Lonnie qui vient le hanter tout le long du roman......Une haine qui ne s'explique pas, ni au début ni à la fin, mais l'histoire qui se passe dans un village de culs terreux de la Louisiane, nous fait oublier comme par magie le pourquoi du comment de cette haine du chanteur de Blues... La question que l'on se pose , nous quitte au moment où on devrait se la poser, à la fin: "Et alors, pourquoi est ce qu'il l'aime pas le Lonnie Treasure?" Eh bien , on n'a plus envie de se la poser tout simplement. On est happé par l'ambiance, Max Obione nous fait rentrer dans la tête d'Amin Lodge, dans une ambiance particulièrement noire, dans une misère où la réponse à des questions n' est plus importante. 

Et j'ai envie de crier au monde entier:

TU ME FOUS LE BLUES AMIN !

TU ME FOUS LE BLUES AMIN !

* Il s'agit de Delphine Moreau, journaliste au Figaro Magazine

** Jean-Bernard Pouy


Yves Gitton a lu Amin'sblues

Hello Satan, I believe it’s time to go

Nad Burnsteen est envoyée par le Blues Monthly Star de Chicago au concert d’adieu de Lonnie Treasure au Weeny’s Top, dans ce juke-joint de Clarksdale où le légendaire bluesman avait débuté. Elle part à la recherche du boxeur Amin Lodge, surnommé Le Courtaud, qui, après un dernier combat apocalyptique, se retrouve traqué par tout ce que cette partie du Deep South compte de crapules agréées ou non : managers-escrocs, détective patenté, parieurs floués… L’ambitieuse Nad Burnsteen va transpirer pour réaliser son reportage en immersion dans ce fantasmatique Mississipi. Sueurs froides et frissons d’extase garantis, des sensations aussi délicieusement âpres que celles charriées par ce blues du Delta, qui via Chicago, a chaviré tous ces blancs-becs du rock, qui ont porté au pinacle le génie de ce vieux guitar hero de Lonnie Treasure. Tout le monde l’aime et l’admire sauf Amin Lodge… qui s’acharne à coups de flingue sur le vénérable bluesman. Il est persuadé qu’il est possédé par cette musique diabolique qui l’entraîne toujours plus profond dans cette dèche : « I’ve had a very crazy dream/Guilty or not guilty/Cruel cruel destiny/You become a killer/Winner or looser/What’s the meanin’/To be born Lodge Amin… » De combats arrangés en mauvaises rencontres, pour espérer échapper à un ultime lynchage, le Courtaud et ses talents pugilistiques finissent engloutis dans les marécages et la pénombre de la cave de Wang Po.

Est-ce la moiteur du climat, un sentiment d’amertume généreusement partagé ? Idéologie moisie et fureur vengeresse vont, une fois encore, amener leur tombereau d’injustices et de canardages intempestifs. A l’activisme terroriste des intégristes de Christ of love s’ajoutent les règlements de compte individuels. Comme toujours, puritanisme et choix des armes… Comme si les démons du « Vieux Sud » n’avaient attendu que ces quelques nouveaux signes de dérèglements pour reprendre du service.  The night was white as cream/I ’ve had a very crazy dream/O nasty story (bis)/A boxing champion named Amin...

L’auteur Max Obione a bâti son récit en assemblant très habilement témoignages et pièces de dossiers provenant des principaux protagonistes de cette histoire. Il donne à son roman une véritable allure de reportage tout en lui réservant une fin, pleine de tendresse, évoquant celle de Zéro de conduite. Email, déposition, extraits de fichiers, coupure de presse se juxtaposent aux investigations de Nad Burnsteen et aux confessions, entre autres, d’Amin Lodge ou de Lonnie Treasure. Mais ce procédé, à lui seul, n’explique pas la touche d’authenticité qui imprègne ce récit, brutal comme une série d’uppercuts, à la beauté aussi brute que celle d’un blues de campagne. Comme Amin Lodge, Max Obione est un poids lourd dans son domaine, celui du roman noir. Et c’est un des meilleurs dans sa catégorie, capable de rivaliser avec les plus grands puncheurs américains. Ne vous attendez pas à ce qu’il baisse sa garde et sachez que lui, il ne truque jamais !…

Revue Crossroad - septembre 2007

Le titre de l'article est emprunté à Robert Johnson

Les extraits du blues sont de Lonnie Treasure, of course !


Joël Jégouzo a lu Amin's blues

Ceci est une histoire vraie, nous prévient l’auteur. Avec ses éléments d’enquête, dont un texte retrouvé sur un disque dur. Ça c’est pour la composition. On connaît le procédé et la distanciation qu’il peut introduire du coup, sans parvenir à se convaincre tout à fait que dans le genre, il conserve toute son efficacité. Mais peu importe : ne boudons pas de bons moments d’écriture, comme Max Obione sait nous en offrir ! Amin, la gueule amochée, refuse la consigne de se coucher sur le ring pour faire gagner des milliers de dollars à des bookmakers pourris. Le combat de trop en quelque sorte. De la boxe foraine, sans règles : c’est du pur étripage, canettes de bière balancées sur le ring et lumière crue. En face d’Amin, le chicanos d’opérette. Il a pour lui l’allonge et la jeunesse. A lui la recette, si seulement ce crétin d’Amin voulait bien se coucher ! Mais Amin a juste la niaque ce soir. Il lui assène l’uppercut qui terrasse les parieurs. Emeute. Amin se calte, rejoint par la poulette du book… Synopsis éprouvé, avec ce chtarbé de Bruce Willis dans le rôle titre… Tout de même, seule la composition est française au fond. Le reste, prêtez lui l’oreille : ce polar sue la poussière de la prairie américaine, exsude l’Amérique la plus moche, popu, raciste. Ça pue la misère, les bas-fonds, les motels pourri. Ça finit jamais bien ces histoires là, même avec un vieux blues de derrière les fagots à se jeter derrière la cravate. Singulier en tout cas, ce french hardboiled breton ! (paru sur Noircommepolar - juin 2007)


Jean-Marc Laherrère a lu Amin's blues

Amin Lodge est un boxeur raté qui combat maintenant dans des bleds glauques du sud profond où des ploucs agressifs pleins de bière et de bourbon  viennent le voir cracher du sang. Lors d'un combat où il est sensé se coucher à la troisième reprise, il se révolte, bat son adversaire et s'enfuit avec l'argent de paris et la blondasse de son patron. Il part avec une idée fixe : descendre Lonnie Treasure, le vieux chanteur de blues dont la musique l'accompagne depuis sa naissance. Non loin de là, Nad Burnsteen, journaliste au Blues Monthly Star de Chicago vient assister au dernier concert de la star, de retour dans le rade qui a vu ses débuts.

Boxe, blues et  polar, le mélange a fait ses preuves. La boxe, ses magouilles, ses paumés, ses loosers pathétiques est un univers propice au polar, et quoi de mieux qu'un bon vieux blues qui prend aux tripes pour servir de fond sonore. L'originalité est que cette fois, c'est un français qui nous plonge au cœur de cette imaginaire propre au sud des USA. Il ne cache pas ses références (Harry Crews est cité au début du bouquin), mais cela ne l'empêche pas de faire écouter sa propre musique. La construction alternée entre la descente aux enfers du boxeur et la recherche de la journaliste qui permet de diversifier les points de vues est bien maîtrisée, le blues chante dans toutes le pages, on sent la sueur, le camphre et la chaleur moite. Un polar qui tient ses promesses.

(paru sur la liste 813 - décembre 2006)


Sur Pol'Art Noir, coup de coeur de Jan Thirion :


Tout se termine en chanson, par un blues, au Havre, pour une soirée hommage au mythique Lonnie Treasure qui vient de tirer sa révérence. L'égal d'un Muddy Waters ou d'un John Lee Hooker n'est plus, mais il reste ses chansons, et, parmi elles, Amin's Blues qui valait bien qu'on raconte son histoire au pays du rêve américain, version déglingue. Ce à quoi s'attèle Max Obione sur fond de craquèlements de vieux 33 tours et de riffs de guitare électrique.
Tout commence par un match de boxe truqué. Quand sport rime avec pognon, c'est toujours truqué. D'emblée, grâce au verbe giclant, à la phrase rentre-dedans, au texte présenté volontairement non-justifié pour donner un caractère plus hallucinant à la lecture, façon poème en prose, on est propulsé sur le ring et on vit le combat comme dans les meilleurs films du genre. On pense au grandiose "On a Gagné ce Soir" de Robert Wise. La comparaison est évidente avec les meilleurs textes de fiction publiés sur la boxe ces dernières années, à savoir les nouvelles de F-X. Toole, parues sous le titre de "La Brûlure des Cordes". Et de ce combat, émerge un héros cabossé, Amin Lodge, surnommé le Courtaud, qui tue involontairement son adversaire alors qu'il aurait dû se coucher, et pire encore, qui se tire avec la caisse et la poule du manager. De quoi démarrer un bon road-movie dont les Ricains ont le secret. Car cet "Amin's Blues" pourrait très bien être une Série Noire traduite de l'américain. Il en a la vigueur et la verve. Il ne s'embarrasse pas de psychologie. Il fonce dans la tragédie en carburant au Bourbon et aux dopes en tous genres.
En un mot : efficace. Avec un soin particulier mis dans la présentation qui ajoute du rythme au vertige ambiant, car s'entrecroisent les narrations, archives de disque dur d'ordinateur, article de journal, textes de chansons. Curieusement, ce mélange resserre l'histoire au lieu de l'éclater. On ne connaît pas la véritable motivation du Courtaud de vouloir tuer le bluesman, mais grâce au kaléidoscope des mots et des images, on est comme dans sa tête. Comme le rapporte une journaliste enquêtrice qui paiera de sa personne sa quête d'infos, même si "j'ai fait chou blanc, cette enquête m'excite".
Mais n'oublions pas, on est dans le blues, dans le noir, et donc pas de pitié pour quiconque, pas de rémission. Si on ne se reçoit pas une balle dans la tête, il y a toujours le destin qui vous attend au tournant. C'est le camion qui écrase, l'océan qui noie, des ravagés de Jésus Christ qui trucident pour la bonne cause. C'est ça le blues. C'est quand tout va mal quand tout devrait aller bien. Et malheureusement, les personnages de Max Obione n'auront jamais le loisir d'appliquer le conseil qu'il donne : "pour meubler des jours sans fin, rien de tel que des rites qu'on s'impose".

(post du4 juillet 2006)


Sur RAYON DU POLAR, présentation de Luis Alfredo :

Il y a des livres qui exhalent de fortes odeurs : la sueur, la bave, le sang, l'eau croupie, le bourbon et la came… Amin's Blues est de cela…

Normal, Amin Lodge, dit le Courtaud, est boxeur, spécialisé dans les combats truqués… jusqu'au jour où il refuse de se coucher et s'enfuit avec la caisse et sa copine Lorna. Leur nid d'amour se terre au fin fond des marécages…
Il y a des livres qui empestent des remugles entêtants : la poudre, le sang, la misère et la poisse…
Amin's Blues est de cela …

Normal, Lorna s'enfuit et passe sous un camion. Amin Lodge se retrouve seul. Seul avec Mister Jo, un 9mm qui sème la mort autour de lui, comme ça, sans raison, juste par réflexe…
Il y a des livres qui puent et qui poissent : les bas-fonds, les caves, le bouge…
Amin's Blues est de cela …

Normal, Amin Lodge et Debbie, une gamine de " 12 ans de vrai " se cachent chez un chinois pendant que les " militants " de Justice of God égorgent les déviants…
Il y a des livres à l'écriture nerveuse qui hurlent le blues. Amin Lodge ne supporte peut-être plus ce rythme. Amin Lodge veut tuer son chanteur de blues fétiche.
Il y a des livres qu'il faut lire, Amin's Blues est de ceux-là.

Article paru le 24 février 2006 Rubrique Nouveautés de Rayon du Polar


Sur RAYON DU POLAR, coup de coeur de Jeanne Desaubry :

Amin est un looser, un sac à viande sans avenir, sans espoir, payé pour se coucher quand on lui dit sur le sol de rings pourris au fin fond du sud profond des Etats-Unis, là où le racisme ordinaire reste la règle.
Il y a longtemps qu’Amin a été déserté par l’espoir, s’il l’a jamais connu. Longtemps, trop longtemps aussi que les coups ont détruit sa capacité à imaginer des lendemains.
Un jour, la machine à broyer de l’humain va se mettre en marche. Tout ça parce qu’Amin va gripper le système. Un jour, un match… Il ne se couche pas, tout va se dérégler et Max Obione nous embarque à un train d’enfer dans une dégringolade où le pire peut toujours être pire.
Amin’s Blues sent la sueur, celle qui gicle dans les projecteurs quand un uppercut fait claquer le cuir des gants sur les os de la face. Le sperme séché, le bayou, le mauvais bourbon, la crevette frite et la pluie chaude.
Les images dévalent en toboggan… Rythme impeccable d’une écriture rapide et forte qui construit l’intrigue en niveaux narratifs subtils et efficaces.
Les images, les odeurs … et les sons. Car Amin’s blues ne se lit pas seulement, il s’écoute. De longs riffs de blues comme une plainte animale, comme la rage au ventre, comme le désespoir qui s’ignore.
Ce roman s’inscrit dans la grande tradition du roman noir, très noir. C’est du bon, du meilleur.

Post du 19 mars 2006


Sur le Litteraire.com, critique de Julien Védrenne (2/03/2006)

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Sur Pol'Art Noir, critique de Patrick Galmel (1/03/2006)

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Les premières lignes...

1.

Extrait du texte retrouvé sur le disque dur

du micro-ordinateur portable

de Nad Burnsteen, pièce n° E/K 027

[...] Il regardait fixement les crachats sanguinolents qui flottaient au fond du seau. Il aurait voulu rire

— sinon sourire — du mauvais tour qu'il venait de leur jouer, mais la coupure de sa lèvre inférieure l'en dissuada.

      — On avait dit à la fin du troisième, Courtaud, bon dieu de merde! Tu comprends donc pas !

Bien sûr qu'il comprenait. Chow passa l'éponge sur le crâne rasé et la face du boxeur. L'eau puante dégoulina le long du buste massif d'Amin. Chow ne décolérait pas. Pourquoi ce bon dieu de sale jean-foutre de nègre n'avait-il pas respecté la consigne ? Il cria qu'il avait déjà dans les oreilles la gueulante que le boss allait lui servir, à lui, et qu'il donnait pas cher de sa sale peau de nègre noir. Des parieurs floués hurlaient à la mort. D'ordinaire, le vieux Lodge ne tenait pas trois rounds d'affilée depuis cinq ans, au moins ; normalement, c'était du tout cuit, presque du un contre un, virgule quelque chose, un rapport de misère, quelques cents à gagner qui donneraient à tous ces gagne-petit le sentiment qu'ils n'avaient pas gâché leur soirée. Mais perdre leur misérable mise, à cause de ce sale fils de pute de négro…

      — Tu les entends, dis ? Tu les entends, ces bâtards ! T'es mort, t'es déjà mort !

Chow avait les foies. L'atmosphère devenait émeutière, les canettes volaient et ricochaient sur la toile du chapiteau. Tous les bouseux des alentours de ce trou à péquenots, petits blancs en majorité, exprimaient leur colère, leur rage, certains visaient carrément les boxeurs, d'autres, amassés au pied du ring, crachaient dessus, balançaient leurs mégots. Le jour commençant à décliner, ils s'étaient radinés avec leurs pétasses à bord de leurs pick-up ou leurs débâchés pour assister à ce meeting annoncé par RKZ, 1045,8 KC, et jouer leurs maigres dollars en se bourrant la gueule. Une chaise s'écrasa au centre du ring. Dès le début de la réunion, on vit des mecs charrier les bouteilles de la buvette jusqu'aux places où leurs potes et leurs gonzesses attendaient leurs doses. La soirée pouvait dégénérer à tout moment. Des rougeauds, des velus archi pleins cherchaient la bagarre. La haine s'affichait sur leurs visages, la moiteur collait leurs maillots. La nuit sentait la sueur des corps et la vase des marais. Le barouf ambiant couvrait le ronronnement du groupe électrogène et le chant d'amour des grenouilles.

 

 

 
 
Copyright © Editions Krakoen / Photos : © Hugo Miserey