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Préface de Marc Villard
Manières fugaces
Quand je rédigeai ma première nouvelle, j'ignorais qu'il s'agissait d'une nouvelle. Je débarquais de la poésie et le roman était fort impressionnant. Du coup, j'ai fait court. Comme j'avais envie de me distinguer, j'ai supprimé la ponctuation. Une sorte de salut, à travers le temps, au Tel Quel époque Sollers mais ce détail sémantique compliquait la lecture, s'agissant d'une fiction. D'ailleurs, Michel Lebrun me le fit remarquer quand parut mon premier recueil. Quelque temps plus tard, je compris que si j'écrivais court ce n'était pas par choix esthétique mais par obligation. J'ai toujours éprouvé des difficultés pour délayer, décrire dans le détail le type qui ferme sa porte, essuie ses pieds sur le paillasson, pose son parapluie, appelle son épouse, suspend son imperméable et qui, après trois pages de sornettes identiques, décide que la jeune morte sur laquelle il enquête n'a , finalement, pas trop souffert. La poésie m'a également habitué à resserrer, à dégraisser, à préserver l'os au détriment de la vulgaire barbaque.
La nouvelle, c'est tout le contraire d'un roman en réduction. On ne s'installe pas, on ne rédige pas l'historique des principaux protagonistes avant de passer aux choses sérieuses. Non, il faut rentrer dedans, à l'arrache et, éventuellement, fournir des renseignements au compte-gouttes. Ceux qui sautent une ligne sont perdus, tant mieux.
Pierre Michon prétend qu'il n'écrit pas de nouvelles mais des récits. Le côté fiction obligatoire, la chute, le résolutif, ça l'ennuie. Il a raison mais dans le polar nous sommes quand même obligés de composer avec ces contraintes formelles au risque de fâcher les lecteurs.
James Ellroy affirme que la nouvelle noire est un art à l'intérieur d'un art. C'est une belle définition, l'art de la nouvelle comme disent ceux qui n'en lisent pas.
Cela étant, le lecteur est toujours le même. Il vient du roman, la plupart du temps, et accepte de se laisser séduire par un texte court, mais ça doit « fonctionner ». On ne nous passe rien, surtout pas l'ennui. J'ai décidé de camper dans le texte court et, de temps à autre, des écrivains me rejoignent le temps d'un recueil. Aujourd'hui, il s'agit de Max Obione. Je ne sais pas ce qu'il lui prend, il était peinard, pourtant, avec ses romans noirs mais l'appel du vide semble le plus fort. On trouve quoi, chez Max ? Plutôt des récits que des nouvelles (voir plus haut). Les textes sont souvent écrits à la première personne, ce qui peut sembler facile mais se révèle un piège si l'on veut investir la fiction réelle et s'écarter des divagations du « je » de l'autofiction. Pas mal de monologues intérieurs, peu de dialogues et une tendance à l'oralité. Dit-il ses textes avant de les finaliser ? On les sent dans les starting blocks, prêts à être déclamés. Alors, je vous propose ceci : vous lisez ce livre à voix haute. Ça tient la route. La nouvelle est une vieille dame indigne : elle se donne à vous, mais ça se mérite.
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