Illustration : Anthony Mundy

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Calmar au sang

2ème édition

 

L'histoire

Les édiles de Méandreuse-sur-Seine ont rompu le pacte autorisant le caïd des Hodeux à faire régner l'ordre dans la cité des "racailles". Plus question de lui verser du fric pour acheter la sécurité. La trêve étant rompue, la baston est inévitable… mais le dénouement en surprendra plus d’un(e). Un Rouen de cauchemar !?

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Citation


Critique en ligne sur Noircommepolar (octobre 2005)

Voici la conclusion du papier de Joël Jégouzo

Le Calmar de Max Obione est donc un sacré Poulpe, un Poulpe au cube même, aux prises avec une France plus noire que jamais - et encore : c'est pour demain, parions-le ! [...]

Un roman de la mort qui tue en somme, où l'on croiserait Zazie dans les décombres du métro parisien, et Max Linder accoudé à La Périchole, le bar de la Porte de Vanves où le Calmar a élu domicile. Mais il ne faudrait pas réduire ce roman au seul pastiche. Dans un style particulièrement décapant, Max Obione a réussi un sacré tour de piste, en nous offrant au passage un tableau édifiant d'une France vautrée dans les rigoles de son histoire.

 

AVANT PROPOS

La famille des céphalopodes romanesques vient de s'enrichir d'un nouvel avatar. Voici qu'un décapode impertinent singe les frasques du Poulpe, le héros de la série phénomène créé par Jean-Bernard Pouy. Mais la poulpologie est impuissante, les poulpologues conjecturent en vain à la lecture de ce Calmar car parmi la foultitude des auteurs de Poulpe lequel serait donc pastiché ici ? Mystère et boule de gomme !… Comme le rébus de l’intrigue possède un punch d'enfer et que cette histoire résonne d'une musique bien singulière, qu'importe en vérité ! Max Obione, tel qu'en lui-même dans ces pages, n'ayant emprunté que le substrat de la saga poulpienne, se livre dans la tradition du pastiche littéraire à un véritable exercice d'admiration. Son roboratif "Calmar au sang" aiguise bougrement les papilles !

André Lacaille

PORTRAIT : Azraël Zirékian
dit Le Calmar

C'est un mec libre circulant le nez au vent, toujours prêt à semer sa zone, à shooter dans les taupinières, à bastonner les méchants cons. C'est un traîne savate au grand cœur, toujours à la page, mettant ses pieds dans les pas des gens défrayant la chronique des chiens écrasés et autres rubriques réservées aux éclopés de la vie… Graine d’ananar sur les bords, c'est une espèce de pigiste-détective à son compte, une sorte d'aiguilleur de destinées manquées, coriace mais tendre, débonnaire mais soupe au lait, curieux comme une fouine, pistant les fafs rien qu'à l'odeur. Indécrottable à perpète ! Ses deux amours? Lilas la manucure et son vieux zinc Farnborough qu'il retape. Le passe temps favori de cette grande gigue ? Gratter en se bidonnant, là où ça fait mal ! Comme ces plaies suppurantes de la souffrance sociale. C'est un chaleureux détonateur des temps présents.

Max Obione
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Roman noir
230 pages
ISBN : 2-9519462-9-5
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Prix TTC : 8 €
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Max Obione s’empare des peurs qui rôdent et tricote des histoires à réfléchir debout.

Des lecteurs avertis prétendent que ce Calmar
fait la nique aux meilleurs des Poulpe !


Revue de presse

Critique en ligne sur Lelitteraire (septembre 2005)

Voici la conclusion du papier de Julien Védrenne

[...] Maintenant, pour parler de Calmar au sang, il me faudrait quand même oublier Jean-Bernard Pouy et son Poulpe. Mais c'est dur. Toute la lecture rappelle ce héros. Même si des différences d'approche existent. Le Calmar est un peu plus maudit que son père. Il voyage en moto en 2008 dans une France presque méconnaissable. Ses envies anarchistes sont toujours-là. Son avion aussi. Et il n'hésitera pas à le faire voler pour mieux lancer toutes ces bombes qu'il soulève. Les méchants sont toujours aussi vils et mesquins. Et les rencontres du Calmar permettent toujours autant d'espérer. Le genre humain subsiste. Dans un monde où chacun espionne pour l'autre, la bonté et la beauté surnageront. Il est trop franchement enamouré de sa Cheryl à lui, de sa Lilas. Mais ce n'est pas grave. Le rouge à lèvres est beau et l'imagination féconde.

Le talent de Max Obione, avec Calmar au sang, qui aurait mérité d'être un "vrai" Poulpe, est dans cette greffe dont je parlais auparavant. La terre était prête pour l'accueillir. Son secret ? Sûrement un mélange équilibré de respect, d'appropriation du héros - ce que JPB souhaitait par dessus tout - et de folie. Vous me direz que pour parler des poulpes et des calmars, il aurait mieux valu se référer à la génétique qu'au bouturage mais il y a un point commun : la greffe. Et celle-là a parfaitement pris.

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Critique en ligne sur Pol'Artnoir (septembre 2005)

Voici la conclusion du papier de Patrick Galmel

Le Calmar... une copine manucure... un vieil avion à retaper... quelques penchants libertaires... ça ne vous dit rappelle rien tout ça ? Mais si voyons ! Azrael Zerikian est un cousin de Gabriel Lecouvreur, dit Le Poulpe. Attention, je n'ai pas dit un clone, un cousin... germain, même s'il n'a rien d'allemand.

Max Obione nous offre là un réjouissant pastiche de la série initiée par Jean-Bernard Pouy : tous les éléments constituant le cahier des charges de l'aventure poulpienne y sont d'ailleurs réunis ; c'est juste l'éclairage qui est légèrement modifié, mais l'espris est intact :

— Moi, je me ballade pour humer l'air du temps.

— Beau métier (...).

— Vous savez l'air du temps, c'est pas toujours du sent-bon, c'est aussi l'odeur de la pourriture.

Max Obione profite de l'aubaine qu'il s'est lui-même donnée et laisse couler sa colère, sa rage, face à cette société bien pensante qui se construit sur la peur, qui s'organise, qui récupère, qui met en œuvre la défiance, qui fait de l'autre un ennemi potentiel... Chacun en prend pour son grade à Méandreuse sur Seine - mais ne reconnaît-on pas là cette ville nichée au creux de la Seine, justement, et dont la cathédrale vit passer une célèbre Jeanne qui allait finir au bûcher ? L'auteur, à sa manière, met en lumière les accords improbables qui unissent parfois (toujours ?) des factions opposées, sur le dos de la plèbe et des miséreux. Chacun y trouve son compte bien sûr, sauf la piétaille !

Dans une écriture et une langue refraichissante, enrichie de néologismes bien sentis, alliant une narration précise à une certaine magie de la description - cette séance de coiffage chez un merlan mélomane à tendance bluesy est un vrai bonheur, quant au ressenti du timbre de voix de Billie Holiday, il est tout simplement génial - Max Obione nous apporte un ballon d'oxygène avec son Calmar, car Azrael ne s'embarrasse pas de préjugés, il rentre dans le lard, de manière directe, frontale et primaire, et il s'en donne à cœur joie. Que les fafs, fachos, racistes de tous bords aillent cramer en enfer, il fonce, il défonce : après lui, voire avec lui, le déluge !..

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Extrait

1 - Où Le Calmar arrive dans une ville par un soir crachineux plutôt glauque et se paye un gadin parfumé à la mouise

« Ça y est ! Enfin à pied d'œuvre. » Il réduisit les gaz. Sur les quais quelques gros culs lanternaient aux feux. Des nuages roulaient dans le ciel charriant des vapeurs lourdes. Le souffle de la vitesse ne chassant plus les gouttes de pluie sur ses lunettes de route, il les releva. «Putain d’été pourri ! » Un engourdissement de fourmis picoreuses s'installait dans son bas ventre à mesure que les vibrations de la moto diminuaient de régime. Il obliqua à droite, au bout de quelques dizaines de mètres, bifurqua vers une église en plein secteur des marcheurs à pied. Trop vite. Après l'arbre fiché dans son bac de pierres, la roue arrière de l'engin ripa sur les pavés astiqués par la pluie. Telle une belle alanguie, la Harley «Werner von Braun » se coucha, glissa et racla la chaussée dans une gerbe d'étincelles comme un bouquet de glaïeuls sur un monument de poilus. Quant à lui, beurrant le sol d'un étron de klebs hyper bien gavé, Le Calmar alladinguer sur le seuil d'un débit de boissons.
— Oh ! Purée de chiotte, nom de dieu ! Putain, mon 501 made in Montreuil, merdeuh !
Le moulin ratatouilla dans les aigus puis se tut. Il n'avait pas besoin de cette culbute pour le réjouir cette nuit. Pas un rat à l'horizon. A cette heure les indigènes étaient rentrés dans leurs gourbis à pans de bois. A l'angle de l'église Saint-Malcou, deux vaillants minuscules chérubins de pierre pissotaient de minces filets d'eau dans une fontaine ; leurs petites pines d'alu luisaient sous la lumière jaune des réverbères. En face, les chaises en plastique de la brasserie fermée étaient enchaînées, de peur sans doute qu'on les chevauche sur la terrasse, comme ça, pour le plaisir, ce soir-là... «Impossible de s'envoyer une pinte de München avec un bretzel pour se rabibocher avec le destin. »
En des termes dont lui seul avait la clé, il fulmina :
— Ils m'ont l'air ranci au niveau du désir !
Il remit debout sa bécane — « C'que t'es lourde ma poule ! » — pour rechercher un estaminet qui pourrait lui gratifier la glotte d'une somptueuse mousse. Rien de cassé côté mécanique, en revanche, une extrémité de garde-boue à vif, un bout de manche du Perfecto bien râpé avec de la peau qui brûle un peu et un jean empesé de merde grasse. Passablement gluant et dégoulinant, il remonta la petite rue en poussant l'engin et respira un bon coup, puis deux, puis trois... Se gameller comme une bleusaille, ça le vexait plutôt ; il avait toujours besoin alors de se repasser les bronchioles avec de grandes inspirations bloquées. Manque de pot, soir de déveine, les usines Seveso, là-bas de l'autre côté de la Seine, avaient largué sur la ville leurs gaz puant la mort poussés par le vent d'ouest : cocktail de pisse de chat, d'œufs pourris et de remugle pétrolier, sans compter la crotte de chien qui exhalait à demeure... Cessant immédiatement cet exercice d'empoisonnement, il rajusta son bonnet de cuir, kicka la bête qui rugit à la première ruade, enfourcha et roula mollo vivace. Puis s'engagea dans l'enfilade de boutiques d'antiquaires. Que ça ! Mortelle l'ambiance ! Parmi le fatras des objets exposés sous les halogènes tamisés, il distinguait des commodes ventrues à ferrures dorées, astiquées au baume de cire de vraies abeilles, des appareillages de cheminées Louis XV en marbre d'Issoudun, des fauteuils cannés Régence fabriqués la semaine dernière à Mazamet. Aussi des petits tableaux rutilants, peints d'hier dans une soupente de la rue d'Obedrec, décrivant des scènes de ripailles flamandes en pays cauchois. Ça voulait sentir le cossu de bon aloi pour appâter le jeune cadre friqué qui veut se meubler en frime vieux.
Dans l'axe se dressait en majesté une flèche de cathédrale toute illuminée. Il avait à peine rabaissé le nez qu'un gus aterrissait devant sa roue dans un bruit de grand vantail qui se refermait. Il pila. Un petit crapaud, un vieil imper remonté sous les bras, une grolle en moins, gisait face à terre.
Le Calmar l'interpella :
— Hey ! Man !
Le crapaud tourna la tête avec efforts et grimaces et exhala dans un simili râle d'une toute petite amplitude :
— M'ont jeté, ces salauds !...
— Allez grimpe, je t'embarque !
Le type couleur de façade délabrée, aux yeux bistres, se jucha derrière tant bien que mal avec tous ses morceaux. Le Calmar mit les gaz.
— On va où comme ça ?
— Si vous pouviez me ramener à la maison, répondit le passager dans un souffle quand même audible.
Il se cramponna.
— Dites, ça sent mauvais !
Le Calmar, sourire aux lèvres :
— T'es sur une moto crotte, bonhomme !
Après avoir frôlé un parvis obscur grouillant de statues pieuses, ils déboulèrent sur une place où sur un cube de granit un gnome à tête d'Ajaccien impérial chevauchait un bidet de bronze. Le crapaud lui indiqua le chemin vers les hauts de la ville. Coincé dans la côte, au cul du dernier bus qui empestait la vieille huile de friture, Le Calmar prêta l'oreille aux murmures du type qui se faisait pesant dans son dos.
Il répétait comme pétrifié par une méga terreur :
— On va morfler ! On va morfler !

 
 
Copyright © Editions Krakoen / Photos : © Hugo Miserey