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Avant-propos
C'est une drôle de société que nous décrit Françoise Laurent. Et quelle société ! La nôtre, peut-être ? Ou bien une autre qui lui ressemblerait, proche, très proche ? Dangereusement proche dans l'espace et dans le temps. Une anticipation de quelques années ? Au terme d'une décennie à peine, on y voit la logique libérale poussée jusqu'à l'absurde : police et santé privatisées, des théâtres reconvertis en prisons, des milices faisant régner un ordre impitoyable, le fric roi.
Nos héros pourraient laisser courir, détourner le regard, se contenter de cultiver leur jardin. Arrivés au bout du chemin de la vie, ils pourraient abandonner le combat aux autres, aux plus jeunes. Mais, encore eût-il fallu ne point les provoquer ! Car ce n'est pas parce qu'on a dépassé soixante-dix ans qu'on est prêts à tout supporter, à renier son passé, ses souvenirs de soixante-huitard, ses révoltes, ses amours et surtout ses amitiés. Dans la communauté qu'ils ont créée pour résister à l'adversité, d'où qu'elle vienne, un groupe de seniors décatis va retrouver la fougue de la jeunesse et donner de sacrées leçons ! Leçons de fidélité aux amours passées, aux idéaux d'autrefois. La solidarité aidant, cette bande de vieux fous, adeptes de la culture bio, de l' « herbe qui fait rire », du jaja et des chansons beuglées en groupe, va secouer bigrement la société recroquevillée sur sa peur et emmitouflée dans sa frilosité. On assiste à un réveil tonitruant, explosif, jouissif, qui vous ravigote le moral. Françoise Laurent, connue pour ses œuvres destinées à la jeunesse, fait une incursion très réussie dans la littérature « grise » comme les tempes des héros de "Dolla" ; elle nous sert un grand bol d'air et de tendresse, de rires et d'émotions. A l’heure où l’on commémore le quarantième anniversaire de 68, dont les acquis sont vilipendés injustement, ce roman est un pied de nez régalant.
Ava Ventura - 2008
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