Fiche Gaufre royale
     

  Gaufre royale  

L’HISTOIRE

Tandis que le détective privé Abel Salinas fait la queue devant la marchande de gaufres sur la digue de Villers-sur-Mer (en Normandie), ses pensées divaguent... Mêlant fantasmes et souvenirs d'enfance, il déroule mentalement les épisodes de l'enquête qui l'a mené en ce lieu. Au cours des vingt minutes d'action réelle, quatre voix s'amalgament pour créer une polyphonie narrative.

Un remue méninges au style jubilatoire

 

 

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Max Obione
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Roman noir
148 pages (poche)
ISBN : ISBN : 2-9519462-6-0
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Prix TTC : 8 €
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Revue de presse

"Pol'Art noir" critique "Gaufre royale"

Voici la conclusion du papier de Patrick Galmel :

" L'intérêt de ce roman de Max Obione n'est pas tant dans l'intrigue qu'il développe, car cette enquête du détective Abel Salinas n'apparaît pas comme des plus fouillées, mais là n'est pas le plus important. C'est plutôt la forme narrative qu'il invente pour nous conter son histoire qui retient l'attention et fait vibrer le lecteur car tout se passe pendant cette longue attente d'une gaufre à Villers sur Mer. Abel patiente, regarde à gauche, regarde à droite, et chaque regard, chaque petit détail aperçu fait remonter un souvenir. Chaque souvenir appelle un élément de l'enquête. Une narration qui hésite, qui oscille entre le "je", le "tu" et le "il". Le passé se mêle et s'entremêle au présent, aux digressions, au bouffées délirantes, sauvages ou lubriques, en un joli exercice de style car à aucun moment la continuité du récit n'est perturbée par ces "bizareries". Max Obione se fait un plaisir de s'amuser de son lecteur en l'abusant et sait glisser dans son roman quelques beaux moments de poésie, de tendresse, quelques colères, ou quelques tranches de vie ; les descriptions des visiteurs de salons du livres ou des fins de reunions d'auteurs de polars sentent le vécu à plein nez... Max Obione aime la belle écriture ou, comme il le fait dire à son héros : "j'aime la belle langue des bavards". Un court roman qui se lit d'une traite, en le savourant, bouchée après bouchée... "

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juin 2005


"Mauvais Genre" critique "Gaufre royale" :

Vachement bonne, la gaufre !

Voici la conclusion du papier de Joël Jégouzo :

"Un roman bien ficelé sur ce fil périlleux, plein de trouvailles langagières, d'une drôlerie de ton le disputant sans cesse à la cocasserie des situations. C'est du Béru de gauche, la gouaille taquine piquée d'une onomastique à la comtesse de Ségur, pertinente et limpide. Un roman dont la structure narrative est incisive, l'intrication des voix narratives dédoublées s'ajustant parfaitement à la schizophrénie du personnage principal, qui fantasme sans cesse ses rencontres. Un beau menteur, hâbleur, trouillard, prototype d'un personnage qu'on aimerait récurrent."

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http://www.mauvaisgenres.com/max_obione.htm

mai 2005




REVUE DE PRESSE (SUITE)

Claude Le Nocher a lu Gaufre royale (Sur Rayon Polar - nov. 2006)

Abel Salinas est détective privé. Ex-flic, ce costaud mesurant deux mètres vivote grâce à des affaires de cocus. Fils d’une poissonnière désagréable et d’un père alcoolique, il collectionne les emmerdes. "Au départ de mon existence, j’étais entré en poisse comme d’autres entrent en religion" dit Abel.
Abel fait la queue devant la marchande de gaufres, sur la digue-promenade de Villers-sur-mer. Il se remémore les détails de l’enquête. Sentant sa fin approcher, Maître Beausang engage le détective. Cet avocat renommé regrette de n’avoir pu éviter la condamnation d’un client, le letton Edo Gradine. Ce dernier fut accusé du meurtre de Beverly Poulot, qui a disparu. Abel est contraint d’étudier ce copieux dossier. Sa visite en prison à Gradine lui confirme que ce proxénète faisait un coupable idéal. Beverly fut élevée dans un petit village par Mémée Brita, qui s’occupa de plusieurs enfants de l’Assistance Publique. Elle ignore ce que sont devenus Beverly ou son frère d’adoption Fernand. Abel s’intéresse aussi à l’employeur de la jeune femme.
Habitant sont hôtel particulier du 16e à Paris, M. d’Archicourt est un homme puissant. Daisy Love, une copine danseuse de Beverly, le définit ainsi : "P’tite gaule ? Queutard comme pas deux, et le pèze généreux." On peut imaginer qu’il eut une relation ancillaire avec Beverly. D’Archicourt possède un château dans le Pays de Caux. Sans doute Abel est-il mal avisé de vouloir l’y rencontrer...

Ce réjouissant roman au tempo vif est aussi ironique que malin. D’apparence désordonnée, la construction du récit est astucieuse. On adore le savoureux portrait de ce détective guignard, subissant tant d’avatars, abonné aux contusions. Cet attachant personnage manque plutôt de chance que de caractère. Sa principale conquête est une sexagénaire certes fringante, à défaut d’être fraîche. Plus esquissés, les rôles secondaires sont tout aussi réussis. Riche en péripéties, et pleine de fantaisie, cette histoire d’avère extrêmement plaisante.

 

 

Extraits

« Je tuerais pour une gaufre royale ! »
Tu comptes au moins quinze personnes devant toi sans compter les mômes. Tu te dis que ton tour viendra. Prendre son mal en patience, la belle expression. Attendre, toujours attendre. Tu te dis que si tu pouvais défalquer tous ces creux de temps, tous ces temps morts, ta putain de vie aurait sacrément du rab en fin de parcours. Il réalise qu'il est l'unique mec dans la file. Un petit braille parce que ça ne va pas assez vite. Une calotte vole, tu trouves ça nul. Des pleurs, puis tu penses à autre chose. Tu en profites pour jeter un regard autour de toi. Une averse ayant chassé la précédente, quelques flaques agrémentent le sol cimenté de la digue-promenade. L'après-midi est fichue, les baigneurs ne viendront plus s'allonger sur la plage détrempée. Le plagiste commence à ficeler les parasols bleus avant de les ramasser. Au loin, la mer s'en va, découvrant des bancs de sable ondulés par la houle. Des gamins s'évertuent à construire des barrages pour retenir l'eau qui s'épanche des mares abandonnées par la marée. Tu vois tout cela, la tête perchée en haut de tes deux mètres. Un rare privilège pour les grands dans ton genre. En effectuant un quart de tour, tu vois, au-dessus de la ligne brisée des toits des cabines de bain, l'horizon sombre du Havre. Tu distingues même les flammes d'une torchère. Mauvais signe, disent d'ordinaire les naturels du pays ou les estivants initiés. Ta jambe te lance, le temps va sûrement changer. Tu entends un air à la mode diffusé par les haut-parleurs. L'odeur de gaufres te fait saliver. A côté, une autre queue s'est formée devant le marchand de glaces. Tu te dis que la pluie ramène davantage de clients que le grand beau. Ta tête est creuse décidément. Déjà, pantalons et chandails enfilés, les familles s'en vont et s'en viennent sur la digue, se croisent, se dévisagent et s'envisagent. La femme devant moi a des cheveux en paquets collés par la pluie ; comme les autres, elle avance d’un pas quand le client de tête est servi. Elle sent ma présence dans son dos, elle ne se retourne pas. Tu regardes son cou qui sort d'une espèce de robe chiffonnée en tissu éponge. A la base de ce cou poussent de petites excroissances de chair. Cela te rappelle le cou de ta mère.
Elle dit :
« Ah, te voilà encore, p'tit con ! »
Tu constates alors qu'elle est de bonne humeur ce dimanche-là. Les "Flots d'azur" s'animent le dimanche. Il fait presque beau dans les couloirs marron. La couleur des habits des visiteurs égaye ce décor si triste d'habitude. Il n'est pas sélect l'établissement dans lequel ta mère s'obstine à ne pas mourir. Dans la chambre qu'elle partage avec une dame sourde aussi grosse qu'une souris, elle n'a pas pu lui raconter son accouchement dans l'année de ses quarante cinq ans...

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— Il enquête au sujet de la môme qui l'a remplacée, celle qui a été refroidie par un sans-papier. "
Elle te regarde et glousse :
" Elle a suivi ça dans le journal. "

Tu vois sa langue rosée passant sur la rangée de ses dents jaunes. Tu vois ses yeux noirs perdu au milieu du bleu, des yeux bordés de rouge. Elle étale son impudeur délabrée. Tu contemples cette chose toute bleue, bleue de trouille, bleue d'asphyxie. Les cervicales ont fait un petit bruit de branchette brisée sous un pas. Avec cette prise, la mort est instantanée. Elle n'a pas dit ouf. S'est abattue comme une loque molle, ses yeux injectés de sang qui interrogent fixés sur toi. Pourquoi ? Son string baillant à l'entrejambe, tu entraperçois son sexe épilé. Rose. Le sang revient donc dans son corps. Elle a l'impression que tu es parti loin d'ici.

Elle embraye d'une voix radoucie :
" Eh, oh ! Il était dans la lune, il atterrit, il veut savoir quoi au juste ? "
Tu reprends pied dans la réalité, alors tu dis:
" C'est d'Archicourt qui l'intéresse. Qu'est-ce qu'elle peut m'en dire ?"

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Parfois les bruits s'estompent et il n'y a plus que ce mal en toi qui envahit toutes les parties de ton corps. Masse s'effondrant dans sa propre masse, sans fin, roulant en avalanche ce poids de la pesanteur qui relie au profond de la terre, ce poids qui t'étouffe. Des élancements violents s'échappent de ton genou gauche et irradie tout ton torse creux, écrasé. Puis l'idée fleurit, celle du jour qui vient après la nuit, une idée de passage du néant à une réalité vivante, ou le contraire, tu ne sais plus ordonner tes pensées, d'ailleurs cela a-t-il un sens ? Tu émerges quand surgit l'image d’avant. Oui, le souvenir d'avant se met à tourner, à tourner comme un hamster fou dans sa roue. Sans résultat. Et cette odeur de marée, de vase qui pue. Et ce bruit de vent et de vagues. Pendant un long moment, tu tends mentalement le bras à la recherche d'une chose tangible. Un quart de paupière fonctionne toujours. Rien. Au bord, à deux doigts de lâcher prise, de laisser couler la barque surchargée d’une existence naze. Des coups de piolet dans la tête ne me tirent même plus de cris. Ricanements audibles, quels sont ces charognards qui déchiquètent mon crâne ? Retomber dans un état de semi-conscience. Un petit crabe vert, dans le brouillard, passe sous mon nez. Salut l'existence ! L'humidité me saisit les jambes. Du mouillé. Je les sens, je les sens ! Deux pêcheurs t'ont trouvé au pied des falaises d'Yport te croyant mort. Ils avaient remarqué le manège de deux goélands qui béquetaient une masse informe pouvant ressembler de loin à un gros phoque échoué sur les galets. S'approchant du bestiau, l'un deux, habitué du café Leplumey, t'a reconnu. D'un coup de portable, il a prévenu Georgette.
« Touchez à rien j'arrive ! », qu'elle a dit.
Des voix cotonnent dans l'espace, il se pourrait que je vive donc. Bruit de cailloux frottés, je roule en moi, sur moi, galets roulants, bouscule, hisse, mal, très mal. On me prend. Plusieurs. Des lèvres écœurantes, molles, comme de la guimauve salée, un souffle d'haleine qui rentre en moi, qui force le passage de ma gorge, enfle et reflue, encore une bouffée d'air et cette odeur de lavande à quatre sous, d'ail et cette bouche fétide qui me suce. Ça recommence. Y en a marre cet écœurement ! Mes bronchioles ratatinées se décident enfin à se déplier complètement. Le soufflet de forge se met en branle et va, comme ça, ronfle de nouveau. Je ne vois pas le jour, mon ciel est occupé par un visage. Une tête ébouriffée. Elle m'adresse un étrange regard maternel.
Elle dit :
« Je vais vous remettre d'aplomb mon bonhomme ! »
Et ils t'ont tiré avec un treuil. Allongé dans le doris qu'il traîne derrière leur tracteur, tes premières paroles sont :
« S'il vous plait, pas l'hôpital ! »
Tu veux éviter l'enquête des gendarmes pardi. Ne pas voir ces péquenots bas du front se mêler de tes affaires. Pas alerter From.

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AVANT PROPOS

Encombré d’un corps démesuré, non guéri d’une enfance calamiteuse à Granville, envahi de fantasmes d’étrangleur, et de bien d’autres travers, Abel Salinas est décrit par le commissaire From, son ancien patron, ainsi : " Cent cinquante kilos de barbaque et seulement une noix de gingin ! " Tout un programme.

Gaufre Royale est une transcription de quelques minutes d'activité mentale mettant la mémoire du héros en ébullition. Quatre voix narratives différentes s'amalgament pour créer un effet de réel surprenant. Cette confusion polyphonique des personnes et des temps, d'une syntaxe plaisamment incorrecte, embarque sans rémission le lecteur à travers une série de portraits hauts en couleur grâce à la verve et au rythme du récit. Le héros sera-t-il récompensé de ces minutes d'attente interminables ?… Voilà bien un suspense insoutenable ! Dégustera-t-il enfin sa gaufre royale ? A moins que l'expression " se prendre une gaufre " comme on se prend un gadin, une tôle, etc. ne trouve ici sa pleine illustration… Ce nouveau détective privé dans l’univers du roman noir est un cas.


INTERVIEW

Gaufre au premier degré

L'interview de Maud Letti

Maud Letti : Vous publiez " Gaufre royale " à l'occasion du festival de Granville " Les visiteurs du noir "2005, soit trois mois après " Le jeu du lézard ", n'est-ce pas trop précipité pour atteindre posément le public ?

Max Obione : Ce roman était prêt et j'aurais pu effectivement attendre quelques mois avant de le sortir pour laisser le précédent s'installer dans le paysage. Mais, je souhaitais participer à la 10ème édition des Visiteurs du noir, et comme par extraordinaire le détective privé, héros de " Gaufre royale ", est natif de Granville, j'y ai vu un rapprochement qui pouvait être sympa à l'occasion de cette manifestation.

Cet Abel Salinas, granvillais de naissance donc, n'a pas que des bons souvenirs dans cette ville.

Des bouffées de son enfance malheureuse, place Guépratte, remontent à la surface de sa mémoire en plus des fantasmes criminels qui l'habitent. C'est un frère de L'enfant de Jules Vallès ou de Poil de carotte, il a subi une mère tyrannique, espèce de Folcoche poissonnière. Malgré la vie impossible qu'elle lui a imposée, tous les week-end il effectue cependant l'aller et retour Paris Granville en train pour la visiter dans la maison de retraite où elle vit ses derniers jours .

Ce nouveau venu parmi les privés romanesques n'est pas banal.

Au plan professionnel, c'est une truffe, un nullos, un besogneux de la filoche qui se voit confier l'affaire de sa vie. Son ancien patron, le commissaire From dit de lui qu'il n'a dans la tête qu'une " noix de gingin ". Ce qui m'intéressait tout d'abord, c'était ce personnage archétypal, extrême : il mesure plus de deux mètres, pèse 150 kilos, ne conduit pas, ne fume pas…, se nourrit de Petit Beurre et boit du Sidi Brahim…, ce qui m'a captivé ensuite, c'est la structure romanesque et le déroulé du thème à plusieurs voix. L'action véritable est comprimée sur l'espace de vingt minutes, le temps d'une attente devant une baraque à gaufres, les autres épisodes concernent l'enquête qu'il est en train de mener, qui dégringolent en avalanche, qui se télescopent avec ses souvenirs d'enfances et ses pulsions d'étrangleur… Un remue-ménage mental en attendant de dévorer une gaufre royale.

Au bout du compte, il ne sera pas déçu ; il ramasse une gamelle mémorable, un gadin suprême… Les lecteurs de polar linéaire - dirons-nous - risquent d'être surpris au départ.

Sans doute, mais le mécanisme littéraire est assimilé dès les premières pages, ce roman ne présente aucune difficulté d'approche.

En tout cas, ce sont 150 pages qui vous rendent accro à la gaufre royale. Le livre évidemment !

 
 
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