Fiche "Géographie du purgatoire
     
  Géographie du purgatoire  

Vient de paraître

 

« Je viens de me tirer une balle dans la tête. Un infaillible pruneau de 6,35 mm par la tempe droite. Par la bouche, je le sentais pas.
J'y ai pensé pendant des années. J'ai focalisé sur la méthode. La nécessité du suicide était
établie depuis belle lurette,c'était la manière d'en finir qui me chiffonnait.
Il m'a fallu, à la besogne, éliminer tout doute stylistique et cela a considérablement retardé mon départ. »

 

Il est toujours passionnant d'observer des premiers pas en littérature. Dans ses nouvelles, Thierry Quinzin nous convie à une auscultation troublante de la condition humaine. Il y a du Brautigan et du Villard chez lui. On sourit, on s'esclaffe. Quelquefois ça poigne !

 

 

Thierry Quinzin
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nouvelles
142 pages
ISBN : 

978-2-916330-33-4

ISSN


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Prix TTC : 12 €
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Avant-propos

No Way !

Je ne lis rien et n'ai toujours pas entravé en quoi consiste la littérature. Je n'avais donc au grand jamais envisagé d'aligner des mots. Il n'empêche, je me suis mis à rédiger des histoires, des histoires pour ne rien dire, parce qu'enfin tout a été dit. J'ai cherché le phrasé blanc sur page blanche. Cet exercice m'apparaissait comme une forme d'art émancipée… Puis j'ai scribouillé afin d'avoir du talent : entreprise hautement risquée… Et j'ai cru qu'écrire me donnerait l'occasion de m'exprimer sans être interrompu. Connerie ! Mon sur-moi incontrôlable interrogeait et jugeait. Pire que tout !

Quand j'ai pondu une nouvelle, la première, en pensant à autre chose, mon réflexe fut de la détruire. Pour tenter de démolir du même élan cette graphomanie aberrante qui s'infiltrait en moi. Rien n'y fit ! Je me suis alors attelé pendant un bail à ce labeur. Cette logorrhée pianotée sur Word, tailladée de bouffées d'ennui, d'angoisse ou de surexcitation rédactionnelle, me prenait à la gorge. J'ai tartiné, tartiné… Mon psychothérapeute lui-même m'a encouragé à persévérer dans ce sens interdit. Un comble : il a tenté de m'orienter vers la confection de haïkus normands…

Finalement, j'ai cherché mon salut avec l'instinct d'un naufragé agrippé à la bouée de son clavier japonais : une survie ou une sous vie. Et un beau matin, après des mois de lutte intérieure, je suis parvenu à exorciser la malédiction du verbiage. Raconter des blagues en épistolier besogneux avait perdu toute consistance pour bibi. Je ne serai pas écrivain : No way ! Mais c'est pas faute d'avoir essayé… Je vous le jure.

T.Q.




Revue de presse

Paul Maugendre a lu Géographie du purgatoire (rayon du polar - janvier 2009)

Sur les treize nouvelles qui composent ce recueil, seules trois sont écrites à la troisième personne du singulier. Dans les dix autres, l’auteur rédige à la première personne et ce sont les plus intéressantes. Le lecteur devient lui-même le narrateur qui n’est autre que son personnage. Et pourtant comment s’identifier à un sandalier qui a chaussé un certain J., spécialiste de la communication et qui aujourd’hui pourrait être considéré comme un clodo céleste, arrêté par les sbires de Ponce P. pour fraude fiscale ? Ou être le compagnon, et l’amant, d’un certain T.E. Lawrence, un alcoolique notoire sévissant en Orient ? Ou cet écrivaillon obsédé par la maladie de Creutzfeld-Jacob, au point que tous ses écrits, refusés par les éditeurs, tournent autour de la viande et qui trouvera peut-être une autre source d’inspiration grâce à un ordinateur démoniaque, On notera au passage que l’auteur se moque gentiment de la littérature américaine formatée. Ou encore ce texte jubilatoire qui décline à foison proverbes, maximes et autres aphorismes, en les triturant, les réécrivant, les adaptant sans en changer le sens. Un exercice de style rondement mené.

Des textes courts, percutants, qui tournent autour d’une même idée, celle de bien faire. D’écrire juste, en impliquant le lecteur, en le dépaysant aussi. L’humour est tapi dans l’émotion, dans la complexité des personnages, de leur relation avec eux-mêmes et avec les autres. Un début prometteur qui cherche sa voix, voie, et la trouvera très rapidement. Thierry Quinzin, un nouvel auteur attachant, en espérant que ce ne sera pas son seul opus.


 

Claude Le Nocher a lu Géographie du purgatoire (rayon du polar - décembre 2008)

[Recueil de treize nouvelles]. Un fabricant de sandales à Nazareth, qui a suivi la carrière d’un de ses fidèles clients, Jésus (Le chausseur du fils de l‘homme); Lawrence d’Arabie fut un personnage fascinant. Les confessions de son amant qui le suivit pendant douze ans, jusqu’en 1919, nous montrent que le héros abusait du brandy, du haschich et de perversions violentes. Sa mort à moto, en 1935, fut-elle accidentelle ? (Le testament d’E.J.Crumb); Lors d’un match à Cardiff, ce rugbyman commet une grave erreur de défense. Après la rencontre, dans un pub, une rixe oppose les joueurs des deux équipes. Mais le plus dramatique reste à venir (Match).

Le dernier jour d’une vie ordinaire, à travers une série de formules célèbres (Proverbs extractions); Cet écrivain spécialisé dans le roman bovin a connu échecs et déboires. Finalement, n’est-ce pas à cause de son ordinateur trop faible ? Il en acquiert un autre, étrange appareil qui a la réputation d’être hanté. Ce nouvel ordinateur lui dicte des règles qu’il devrait suivre (Effet bœuf); Artiste sans gloire, Sam est un ivrogne chronique, trop porté sur la bière. Ce matin-là, Rebeca est absente à son réveil. Il la cherche dans le quartier. Sam envisage de suivre le conseil de la blonde Véra, écrire un scénario (Rebeca); C’est un écrivain au charisme certain, adepte des préceptes Zen. Sa version est moins méditative, avec cérémonie morbide et rituel sanglant (Zen blues).

Il s’est suicidé, sans le moindre regret (Bonne nouvelle); Les états d’âme d’un auteur improductif sur le monde du livre, et sur l’amitié bien relative (Vert d’orage); D’habitude, les scènes de ménages entre Lenglais et son épouse se terminent par des relations sexuelles. Cette fois, il la frappe. Cette révélation sur sa supériorité et les suites de son acte le perturbent (La java du bipolaire). Son chef Sainte-Rose est vraiment trop accro au rhum agricole antillais (Addictions et embellies); Dialogue entre deux beaux-frères, dont l’un a assassiné sa sœur, l’épouse de l’autre. La victime était un monstre, et ils ne risquent guère d’être inquiétés (Conversation fraternelle, un 26 mars 2029); Job reste marqué par le souvenir de sa vie avec Esther. Au sous-sol, chez lui, il existe un moyen de l’oublier (Une journée de Job)…

Ces nouvelles constituent une savoureuse galerie de portraits. Hormis Job et Amaury Basshop, chaque personnage se raconte, à travers une époque de sa vie, une journée ou un instant. Aucun n’est héroïque, pas même Lawrence d’Arabie ou Jésus. Beaucoup se posent des questions sur eux-mêmes, sur leur place en ce monde. Ces textes ne manquent pas d’un humour plutôt caustique. On retiendra les mésaventures de l’écrivain bovin ou l’exercice de style autour des proverbes, mais toutes ces nouvelles se lisent avec plaisir. L’auteur ne cherche ni à prouver qu’il possède un style déjà affirmé, ni à imiter d’autres écrivains. Écrire avec sincérité conduit à une certaine originalité. On le constate avec les textes de Thierry Quinzin.

 
 
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