Fiche "Le monde est un bousillage"
     
  Le monde est un bousillage  

 

Un beau jour sur une petite île, un type est débarqué d’un hélico avec une oreille en moins, et un petit trou en plus dans la tempe. Sur le point de trépasser, on le ranime avec toutes sortes de petits cailloux blancs aiguisés comme les dents des requins du même métal. Doucement, avec plus ou moins de tact, on ressuscite sa surprenante réalité. Entre flash-back émoussés et thérapies de pointe, notre homme, ex professeur de lettres, va revivre, dans tous les sens du terme, le parcours de son existence rocambolesque. Aussi le voyage autour du monde de ce drôle de zigoto est-il à cataloguer dans le registre : pertes et fracas…

 

 

 

José Noce
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Polar
258 pages
ISBN : 978-2916330-75-4
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Prix TTC : 11 €
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Après Villa confusione, José Noce nous entraîne à nouveau dans son imaginaire débridé.

Revue de presse

Stéphane Beau a lu Le monde (site K-libre - mai 2011)

Polar nietzschéen

Partant du principe qu'un polar qui cite Nietzsche dès les premières pages ne peut pas être fondamentalement mauvais, c'est avec une belle confiance que je me suis lancé dans la lecture de Le Monde est un bousillage, de José Noce. Et cette confiance, disons-le clairement, n'a pas été déçue.

Le principal point fort de ce livre, c'est son intrigue, qui sait trouver sa juste distance avec les thèmes habituels du roman noir. On y retrouve en effet des ingrédients assez classiques (la société secrète, le tueur à gage, le héros désabusé, buveur bourré et baiseur bourru – ou l'inverse...) mais redistribués de manière assez originale. Difficile d'ailleurs de proposer un résumé qui n'aille pas trop loin dans le dévoilement du récit. Disons, pour faire simple, que c'est l'histoire de Ludo, un professeur de français que l'on découvre, au début du livre, enfermé dans une mystérieuse clinique perdue au beau milieu d'une île que l'on imagine grecque, quasiment amnésique et avec une oreille en moins. Peu à peu, grâce aux soins attentifs qui lui sont prodigués (à grand renfort d'infirmières pulpeuses et de bouteilles millésimées), il retisse la toile de son passé et le récit alterne, de chapitre en chapitre, des extraits du journal qu'il s'efforce de tenir tout au long de sa convalescence et la narration des différents meurtres qu'il a été amené à commettre autrefois.
Car le brave Ludo est un tueur, et pas n'importe quel tueur : un globe-trotter du crime... Mais chut : impossible d'en dire plus sans en dire trop, car toute l'architecture du roman repose sur ce principe d'amnésie, qui s'estompe peu à peu et qui amène le lecteur à reconstituer le puzzle de l'histoire au fur et à mesure qu'il se réassemble dans la cervelle de Ludo. Ce qui n'est pas toujours simple, d'ailleurs, surtout au fil des deux premiers chapitres qui désarçonnent quelque peu par leur obscurité, et qui nous font nous demander un moment si la confusion qu'on y trouve est bien celle de l'histoire et pas celle de l'auteur... Fort heureusement, cette impression dure peu, et au bout d'une vingtaine de pages le lecteur est fermement calé dans le roman, prêt à en suivre les rebondissements jusqu'à la fin.
L'écriture de José Noce est à la fois riche et fluide. Ses phrases sont courtes et précises.& grave;A l'occasion, sa prose flirte même agréablement avec la poésie, notamment quand Ludo, encore très perturbé intellectuellement, redécouvre, en rassemblant ses bribes de souvenirs dans ses carnets, le sens des mots et les joies de l'écriture
Enfin, les références à Nietzsche, Julien Gracq, Alexandre Vialatte, René Char, Octavio Paz, Primo Levi, etc., qui parsèment l'ouvrage, viennent intelligemment rehausser la dimension littéraire de ce polar joliment troussé.
Le roman se clot sur une subtile mise en abyme que je ne vous dévoilerai pas ici, mais qui est d'autant plus agréable que rien ne la laissait présager.

Vous pouvez retrouver toutes les chroniques à L'Heure des comptes !

Citation

"Sacré Lopes ! Raymond, de son petit nom. Curieux personnage le commissaire... Un caractère trempé à l'acide dans une bonhomie humaniste plus nietzschéenne que nature. Une sorte de légionnaire hédoniste cultivé et de papa poule faraud, capable au demeurant d'étrangler un pit-bull non castré d'une seule main, par amour. "


Richard Migneault a lu Le monde est un bousillage (Polar, noir et blanc, Québec)

Le monde de la littérature est un domaine fascinant et les auteurs qui le peuplent possèdent le pouvoir extraordinaire de nous surprendre par leur créativité et leur imaginaire. Et j’imagine, parce que cela m’arrive souvent devant cette page blanche qui revient si souvent, j’imagine qu’il devient de plus en plus difficile de désarçonner  le lecteur, de lui donner autre chose qu’un récit mille fois remâché avec une structure tout aussi connue que la recette de l’eau bouillante.
José Noce (voir sa biographie sur le site de la maison d’édition) :
a réussi le défi ! «Le monde est un bousillage» n’est pas un roman typique et il plaira à tous ceux qui ne recherchent pas une recette connue, qui aiment sortir des sentiers battus et qui acceptent l’originalité et l’imagination déconcertante de l’auteur.
Le roman commence par un prologue. Attention, très déconcertant !
Des souvenirs ! Des mots ! De la poésie ! Quelques incohérences ! Et des phrases «coup de poing» qui donnent le ton au roman:
Le personnage principal était «enseigneur de français moderne».
Il réside depuis quelques temps dans un asile : «Ici c’est le pavillon des débiles.»
On lui a remis des lectures ... «Voilà cahier c’est le vrai début ici. C’est quand je reviens vers moi doucement.»

«À la fin, maintenant, je dirais que j’ai été mort. Parce que je crois que j’ai un peu tué des gens peut-être.»
« Dans ses yeux je vois du chagrin content.»
Et voilà, la table est mise pour une lecture qui va vous chambouler et vous séduire en même temps.
Ludo Tana est professeur de français et a la malheureuse tendance à tomber facilement en amour. Une étudiante le hante, il succombe ... presque et retrouve sur son chemin, l’oncle de la belle, Raymond Lopes, flic de son état et membre d’une secte particulière, la C.C.S.M. qui élimine de la terre les personnes qui ne méritent pas de vivre. Pour se faire pardonner, Ludo devra éliminer sept personnes, sept crapules que la Justice a laissé en liberté.
Placé en institution après ce périple meurtrier, il a perdu la mémoire de sa vie, des événements et des mots pour le dire.
Et alors, en alternant les chapitres, on découvre chacun des actes de son mandat de justicier et son travail pour retrouver la mémoire à travers ses propres écrits et ses conversations avec «l’asticot», «le monsieur qui me parle parfois dans ma tête».

Je vous avoue franchement qu’à la lecture du prologue, j’ai presque mis en pratique la règle numéro 3 des droits du lecteur de Daniel Pennac: le droit de ne pas finir un livre.

Mais attention, lecteur, la suite de ce prologue est tout simplement fascinant. Je vous le dis, quelques pages de persévérance et par la suite, quand vous aurez terminé le livre, à bout de souffle, vous reviendrez à ce fameux chapitre, ce très énigmatigue prologue et vous le relirez avec un plaisir coupable.
Je ne connaissais pas José Noce mais je vais sûrement me procurer un de ses premiers romans ... Et en plus, il semble apprécier le Québec; il cite Gaston Miron, il situe un de ses actes de justicier à Montréal et en parle sans cliché ...  (à part un sacre !!!).
Chers lecteurs et lectrices, vous savez combien j’apprécie les auteurs qui ont du style. Et bien, j’ai été servi avec cet écrivain. Voici quelques exemples de cette poésie crue et dure mais tellement belle:

« ... une effigie vivante du raffinement libidinal.»

«Je suis dans la rata à cinq balles, j’y pige que dalle ... je ressens comme un vide sidéral.»

«Sur des machineries sadiques qui vous propulsent en postures kamasoutresques dézennisées à la limite des possibles.»

Et la superbe: «La mer, en contrebas, absolvait à coups de langue opalescente les fessées jaune paille de la massue solaire.»

Quelques références culturelles:

«Le Massacre du printemps»

« ... tout est calme, luxe et volubilité.»

Et un petit clin d’oeil à l’auteur de ce blogue? (là, je prends mes désirs pour des réalités ...) : « ... je me retrouve avec un énorme flingue en pogne, comme dans les polars en noir et blanc d’antan.»
Alors, n’hésitez pas à vous procurer «Le monde est un bousillage».
Tout d’abord parce que c’est un excellent roman et ensuite, parce que la maison d’édition Krakoen mérite grandement d’être encouragée pour l’intrépidité et l’audace de ses publications. Sortir des sentiers battus n’est jamais le chemin le plus facile. Mais il est souvent le plus valorisant.
Votre librairie ne propose pas les titres, alors insistez ! Vous ne le regretterez pas ... et lui, non plus.
Une petite visite sur le site personnel de Joé Noce vous en apprendra plus sur cet auteur qui est aussi un artiste de talent.
Au plaisir de la lecture.
(Février 2011)


Paul Maugendre a lu Le monde est un bousillage (mysteryjazz - février 2011)

Un titre qui au départ m’apparaissait comme prémonitoire et je me disais ce roman est un bousillage. Mais c’est mal me connaître, car je suis un persévérant, vaguement débonnaire, et étant habitué aux premiers chapitres déconcertants, désarmants, déroutants, je me suis dit, lis sans complexe et sans à priori, sans retenue et sans impatience le début, et tu verras, tout se décantera. Et j’ai eu raison de me montrer pugnace car peu à peu non seulement la mayonnaise a pris, mais je me suis trouvé englué dans la toile que José Noce avait tissée, avec malignité. Et j’ai remonté peu à peu ce fil d’Ariane, je me suis senti investi au fur et à mesure dans cette intrigue habile et accrocheuse.

Au début vivait à Lille, un professeur de lettre, qui aimait les femmes. Un peu trop peut-être car il s’est amouraché d’une de ses élèves. Une petite entaille à la déontologie de l’Education Nationale, mais ce n’est pas l’administration qui lui tombe sur le dos. Non, tout simplement le commissaire Lopes, qui lui donne rendez-vous dans un restaurant. Lopes lui confie qu’il le suit, l’épie, l’espionne même depuis plusieurs semaines. Comment connaitrait-il la marque d’apéro favorite de Ludo et autres petits détails sans insignifiance apparente mais dont la somme est vertigineuse. Il lui fait une proposition : il va venger à la place de Ludo la mort d’Anne, enseignante elle-même et accessoirement son amie, et donnant-donnant comme l’écrivit Labiche dans sa pièce Doit-on le dire, Ludo lui rendra quelques menus services lors de déplacements programmés, voyages scolaires, touristiques ou autres. Lopes est membre d’une organisation qui règle ses comptes en dehors de toute légalité, et Ludo se voit confier un rôle de désherbant. Détruire quelques mauvaises plantes qui n’ont rien à faire à la surface de la Terre. Pour Ludo, cette mission constitue comme un coup de massue sur la tête mais il se résout à accepter cette tâche.

Dans une construction déstructurée, José Noce entraine le lecteur dans une intrigue labyrinthique, deux formes de narration se chevauchant. D’abord sous la forme d’un journal relatant les progrès enregistrés par Ludo qui se remet péniblement dans une clinique, et une partie non linéaire du parcours de celui-ci. Il se remémore certains passages de sa vie antérieure grâce à des indices qui lui sont obligeamment fournis par le personnel soignant. Dans le journal de Ludo, le lecteur peut se rendre compte de l’amélioration de la santé mentale de Ludo, le style narratif devenant de plus en plus lisse au fur et à mesure du développement de l’histoire, de moins en moins chaotique. Quant à l’intrigue en elle-même, elle suit un parcours en angles, comme ces dessins qui se développent en alignant des traits en partant d’un point A jusqu’à un point X et dont les lignes n’ont pas peur de s’entremêler, de se croiser. Evidemment le lecteur doit rester concentrer lors de sa lecture et je conseillerai ce roman à tous ceux qui, insomniaques, lisent la nuit, dans le calme et la sérénité, l’esprit dégagé des influences néfastes de la vie tourbillonnante. Le lecteur doit s’investir, effectuer une petite gymnastique mentale mais au bout du compte il en ressort satisfait et comblé.

Alors mon sentiment premier est complètement effacé et non ce roman n’est pas un bousillage mais une formidable leçon d’écriture et de narration.

Et une petite citation en prime : La mer, en contrebas, absolvait à coups de langues opalescentes les fessées jaune paille de la massue solaire.

 



 
 
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