Fiche "Le plancher des algues"
     
  Le plancher des algues  

Comme si le désir du passage à l'acte n'était que l'assassinat programmé de lui-même, le tueur au pull bleu se projette sur le théâtre de ses crimes en série multicolores. Il s'est donné pour mission d'éliminer certaines femmes dont la couleur les désigne à sa folie. Dans cette histoire de sexe et de mort, voici Manon la Verte, princesse des joncs et des rainettes, la Putachatte du canal, qui course les chevreuils et que les chacals broutent ; voici la Noire, la Putachiasse, gonflée de sucre et ointe de chocolat jusqu'à l'intime ; voici Ella, la Putacape, rouge des cuisses à la perruque... Enlumineur de ses fantasmes, le tueur dégaine sa longue langue, et de sa palette criminelle ranime sa flamme jusqu'à perdre son âme noire aux couleurs d'arc-en-ciel. 

 

 

Claude Soloy
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polar
244 pages
ISBN : 978-2-916330-51-8
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Prix TTC : 10 €
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Dans ce polar baroque, Claude Soloy s'autorise toutes les audaces. Soliloque du tueur, narration, dialogues en huis clos constituent la structure originale de ce roman au style flamboyant. Inclassable donc indispensable !

Avant-propos

Permettez ! Un instant ! Que je reprenne mon souffle ;  je viens de lire d’une seule traite Le Plancher des algues de Claude Soloy. Passée la surprise des premières pages, c’est subjugué que je referme le livre. Ce polar, hors norme, propre à faire hurler les tenants de l’orthodoxie polardière et autres dogmatiques du genre, férus d’énigmes bien torchées, de killers en série, de gore indolore, de platitude rayon style, et de résolutions idoines, ce polar développe une palette narrative faite de dialogues badins, de soliloques aux envolées surréalistes, de récit inspiré pour décrire l’histoire d’un assassin mirobolant autant qu’obsessionnel. Le tout emballé dans une langue aux éclats surréalistes et aux accents érotiques les plus crus dont l’alchimie n’est pas sans évoquer André Pieyre de Mandiargues, Georges Bataille ou Pierre Klossovski. Soloy nous invite pareillement au cœur du mal, où Thanatos se fait une santé en jouant à l’Eros !
En plat résumé, c’est l’histoire de la vengeance inextinguible d’une femme trompée qui instrumente son fils pour dézinguer la maîtresse de son mari, la mère de la maîtresse et la fille de celle-ci. En un mot, toute la lignée femelle, carrément ! Pour récompense, elle lui ouvre son lit… Le héros a quatorze ans lorsqu’il commet son premier crime aux dépens de la Verte, la poule du père. Il faut préciser que les victimes sont désignées par des couleurs à partir desquelles son délire mortifère s’installe. « Toujours adapter la mise à mort à la personnalité de la couleur, telle était sa devise. » On le retrouve, la quarantaine installée, attendant Ella au débarcadère, Ella la Rouge, pour lui faire sa fête, la zigouiller pour être précis. Las, dans le meublé que lui loue la Grise (qui succombera à tous les caprices sexuels de son locataire), Ella et le tueur au pull bleu géométrisent dans les spasmes durant huit jours, et contre toute attente l’amour le frappe alors que le crime l’appelle…ce ne sera que partie remise. Pitoyable héros que ce tueur « coloriste », au sexe détumescent, impuissant, dont l’émission spermatique est si peu généreuse qu’il la supplée par une urolagnie compensatrice.

Style halluciné, étincelant dans l’obscur, rythme obsédant, lautréamontesque, poésie de l’abject, beauté de l’ignoble, chères à Baudelaire, ce livre est un OENI (objet éditorial non identifié) que Krakoen se plait à jeter comme une boule dans les piles de polars tout-venant. Pour sa première incursion dans le genre, Claude Soloy, ce jeune homme presque septuagénaire (quelle santé, quelle turgescence stylistique !), est à l’évidence un écrivain du noir, un littérateur hors pair, un artiste d’un sulfureux art de jouir des mots, décalé, sur le fil, aussi précieux que l’oxygène que vous respirez. Attention, polar vénéneux, vous êtes prévenus ! Succomber à ce poison délectable : une exigence absolue…

Nigel Greyman - 2010




Revue de presse

Christine Laverne a lu Le plancher des algues (bibliofractale - aout 2010)

Il y a le ciel, le soleil et la mer. Tout pour une belle romance d’été, coquillages et crustacés.

Avec l’amour comme un ressac lancinant laissant une crête d’écume sur le sable.

Car c’est l’amour, toujours, qui est début et fin. Alors, prêts pour un slow ?

A moins que vous ne préfèreriez un tango ? Oui, un tango, bien sûr ! La vie est comme un pas improvisé, parfois à deux, vers une direction impromptue et improbable.

E la nave va…

Tanguons !

Entrez dans la danse …

Un homme, sur une plage. Il attend.

Du prochain bateau descendra une femme. D’elle il ne connaît que peu de choses, mais il sait qu’il va la tuer.

Elle, c’est Ella, une femme flamboyante de la tête aux pieds, avec un prénom qui lui donne des ailes. Ella la colombe rouge que l’on va sacrifier.

Et elle, elle l’a remarqué, ce petit homme qui la regarde avec insistance et qui va l’emmener.

Elle va le suivre, sans poser de questions.

Pendant une semaine, dans un huis-clos entre chambre et bord de mer, entre l’homme qui a rêvé si longtemps de meurtre et de vengeance et la femme qui rêve de fuir, va se jouer un étrange ballet, entre vie et mort, entre sexe et folie.

Un scénario déjà écrit peut-il laisser place à l’improvisation ?

La danse est une cage où l’on apprend l’oiseau…

Ah, je vous entends d’ici : « enfin un résumé court ! »

Et bien oui, tout arrive….

Parce que si le roman est court, il est tellement riche et complexe qu’il serait possible ensuite d’en détailler la moindre phrase avec un plaisir sans pareil.

Peut-être que c’est un roman policier, peut-être que c’est un thriller, peut-être que c’est une histoire d’amour. Allez savoir !

Mais certainement pas de la bluette ni de l’amour à deux sous de guimauve. Non. 

C'est bien de l’amour, de celui qui fait mal, qui laisse des traces incandescentes et des cicatrices bourgeonnantes. De celui qui fracasse les esprits. De celui qu’on donne à foison et qui étouffe.

L’amour vengeur ou rédempteur ?

Il y a beaucoup d’amour, donc. Et beaucoup de désespoir. Car l’amour aveugle, emprisonne, et dans sa vie grise ou noire jusque là  l’homme ne voit plus la vie que par flashs de couleurs violentes, crues, flamboyantes. Flashs aussi intenses que peuvent l’être certains sentiments.

Drôle de construction que celle de ce livre, avec le regard extérieur du metteur en scène qui positionne personnages et décors, la voix off de l’homme dont on ne saura jamais le nom mais qui peu à peu se dégage du script initial pour s’en échapper, et la voix d’Ella, avec sa fraîcheur, son impulsivité, son acceptation du sort déjà écrit ou qui reste à écrire.

On découvre peu à peu l’homme et son histoire, dépositaire des obsessions de sa mère, prolongement meurtrier de celle-ci. Il n’a connu que cette forme d’amour délivré à flot par un cordon ombilical jamais tranché et qui l’asphyxie peu à peu.

Victime jusqu’au bout, cet homme a-t-il été, est-il, sera-t-il meurtrier ?

Le tout dans un texte fort et audacieux, presque à déclamer à haute voix !

C’est du théâtre, haut en couleur, avec des effets de cape et des coups de poing.

Il peut choquer, c’est certain !

Et à ceux qui hurleraient au non-respect du bien-pensant  je leur répondrai : « Et alors ??? »

C’est cru, c’est violent, il y a du sexe, du sang. Certains parleront de voyeurisme et se fourreront alors le doigt dans l’œil jusqu’au coude, au moins !

Car ce ne sont que des mots, entre descriptions à la froideur toute entomologique et tirades de scène. Entre lyrisme et réalisme.

Car la vie, c’est ça ! Entre moments de grâce et petits riens sordides. Pas la peine de se voiler les yeux de manière hypocrite !

Un corps n'est qu'un corps, une aimable ou pas machine à fonctions physiologiques.
La beauté est dans l'œil de celui qui regarde, dit-on?
Ils sont beaux, ces corps fatigués, elles sont belles, ces scènes de sexe, et même s'il y a un peu d'insistance sur les passages au pipi-room, (le narrateur ne confondrait-il pas pression de la vessie avec pression des vésicules séminales?? ) zut de zut, au diable ceux qui détournent les yeux, nous ne sommes plus à l'époque victorienne !
Notre personnage central n'est pas qu'un pur esprit, après tout....

Un livre comme une tragi-comédie, totalement atypique, totalement inclassable.

Chaque page recèle son lot de surprises, à vous de les découvrir.

Sur le plancher des algues, chacun glisse vers son destin sans maîtriser grand chose. Alors, tant qu'à faire, dansons avant de sombrer.


Marc Meneguz a lu Le plancher des algues (Bibliotheca mai 2010)

Le plancher des algues de l'écrivain français Claude Soloy frappe pourtant par son approche et par le ton utilisé. Ainsi le lecteur suit ce tueur en série à travers ses écrits, comme sortis d'un journal intime rempli d'une langue noire et sinistre. Ce soliloque, entrecoupé de narrations plus classiques et de dialogues en huis clos, est audacieux et original à plus d'un titre. On accroche dès la première page aux mots de ce fou, cette âme sinistre qui terrifie, bouleverse, mais qui finit aussi par émouvoir.

Le plancher des algues est un polar fort, original et tout à fait inclassable.

Excellent !!!

 
 
Copyright © Editions Krakoen / Photos : © Hugo Miserey