Fiche L'hiver continue au fond du magasin
     
  L'hiver continue au
fond du magasin
 

Été 2000, chaleur accablante. Le feu ravage l'arrière-pays niçois. Dans la forêt calcinée, on a retrouvé le corps de Sophie. A-t-elle été assassinée ? Sa mort tragique va chambouler la vie paisible d'un petit immeuble accroché à la colline. Magali, névrosée du ménage, Jean-Robert, fasciné par le feu, Lisianne, la propriétaire livrée à sa solitude… chaque habitant paraît dissimuler un mobile enfoui dans un passé glacial malgré la fournaise, comme si les rouages du temps s'étaient gelés en une époque lointaine. Les cigales ont beau s'évertuer à jouer leur crin-crin, l'hiver continue au fond des cœurs et d'un certain magasin. Heureu-sement, les morts parlent plus volontiers que les vivants.

 

Françoise Laurent
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roman noir
232 pages
ISBN : 978-2-916330-40-2
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Prix TTC : 10 €
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Après Dolla, Françoise Laurent fait à nouveau entendre cette voix de légèreté et de noirceur, si singulière dans le roman noir.

Avant-Propos

Françoise Laurent pose sur le monde un regard plein d'humanité, un regard dont l'indulgente tendresse n'exclut pas une grande perspicacité. Un regard féminin ? Son nouveau roman en est une expression de plus. Dans " L'hiver continue au fond du magasin ", la galerie de ses personnages, leurs petits et grands défauts, leur agitation sans espoir pour échapper à leur destin, nous sont contés avec un humour léger mais corrosif, forme polie d'un pessimisme profond. Ce roman baigne dans une ambiance sonore très personnelle. La musique y joue un rôle essentiel : bluettes des années soixante auxquelles Françoise Laurent adjoint les cigales, le mistral, l'accent méridional… La région niçoise et ses pans bagnat, l'été qui cogne… Et puis l'univers coloré avec le bleu dur de la mer, là-bas, des cieux saturés de soleil, le rouge des incendies, le noir de la fumée qui salit l'horizon, le rouge de la folie et du sang… Le rythme de ses phrases, balancées comme un blues triste, soutient à la perfection sa manière d'épingler les travers humains les plus minables, sans jamais condamner, sans juger. Françoise Laurent interroge avec subtilité le lecteur sur sa façon d'accepter son vieillissement, sa capacité à aimer et à pardonner, tout en l'entraînant dans une intrigue dont les fils sont tirés avec un grand talent.
On retrouve avec bonheur la singularité de Dolla, son précédent roman chez Krakoen : rendre attachants les mesquineries, les défauts, rendre palpitante l'immobilité de la sieste, car elle infiltre le suspens, tel un acide, dans les moments les plus paisibles.

Jeanne Desaubry




Revue de presse

Paul Maugendre a lu L’hiver continue au fond du magasin.

(bibliosurf et rayon du polar - octobre 2009)

Sur les hauteurs de Nice, le feu s’en donne à cœur joie. C’est l’été, la canicule. Dans ces conditions, retrouver le corps calciné de Sophie serait presque un événement banal. Mais dans le petit immeuble de Lisianne, cet incident va jouer un rôle prépondérant. Au rez-de-chaussée, vit donc Lisianne, la propriétaire, une femme qui s’habitue mal à sa solitude et ne possède comme dérivatif que son piano, et l’observation de ses voisins. [...]

Comme d’un écran de fumée surgissent les figures de personnages morts ou vivants, marchant sur les épines de pin et dont le bruit est assourdi par le crissement des cigales. Françoise Laurent les sort de son stylo comme un prestidigitateur dévoile le lapin caché dans le chapeau. Un tour de passe-passe mais ces protagonistes s’imposent peu à peu dans l’esprit du lecteur jusqu’à en devenir une obsession. Pas de grands effets de manche, Françoise Laurent avance à pas feutrés dans son histoire avec la grâce et la légèreté d’une ballerine ou d’un fildefériste au dessus d’un foyer attisé par le mistral et dont les flammèches voltigent sans pour autant atteindre leur proie. Françoise Laurent possède l’art de l’ellipse entraînant son lecteur dans des chemins tortueux avant de le remettre dans la bonne voie, sur des pistes noires, rouges.


Claude Le Nocher a lu L'hiver continue au fond du magazin (Rayon polar - octobre 2009)

À Nice, au début de l’été. C’est un petit immeuble, dont Lisianne a hérité au récent décès de son aïeule Charlotte. Lisianne a toujours habité ici. Elle est mariée depuis vingt-cinq ans avec Baudouin, médecin, actuellement en cure. Elle a élevé leurs deux fils, aujourd’hui indépendants. Bonne mère et épouse sans histoire, Lisianne est un parfait exemple de femme au foyer solitaire. Sa locataire Magali, 23 ans, est une névrosée de la propreté. Dans son appartement comme dans sa boutique un peu désuète, elle fait sans cesse le ménage. Depuis que son ami Xavier l’a quittée, cette manie maladive ne s’est pas arrangée.

Les autres locataires sont un couple, Jean-Robert et Angèle. Gras et défiguré par un incendie accidentel, l’homme se montre désagréable, cultivant ses rancœurs. Il ne voulait pas rester employé au garage tenu par son frère Étienne. Il se sentait un talent d’artiste peintre. Son unique rendez-vous avez la gloire fut manqué, à cause de deux jeunes garces qui brisèrent cet élan. Par ailleurs, il ne peut oublier Geneviève, la seule femme qu’il ait aimée. Elle est morte dans des conditions imprécises, peut-être de sa faute. Avec le soutien d’Étienne, Angèle supporte malgré tout le pénible caractère de Jean-Robert.

[...]

Cette intrigue est probablement plus proche de la réalité qu’on pourrait le penser. Ces personnages peu équilibrés, masquant des épisodes sombres ou mal vécus de leur passé, intériorisant d’amers souvenirs, images déplaisantes ou malsaines, ne sont-ils pas issus du quotidien ? Leur complexité, sans qu’elle soit liée à un crime, on a pu en croiser de comparables chez des relations, des voisins, des amis. Crédibles et humains, les portraits sont probablement l’atout principal de cette histoire. Nous voilà un brin voyeurs, prenant plaisir à observer ce petit monde. Bien sûr, il y a aussi de possibles meurtres, même si le récit reste longtemps volontairement flou là-dessus. Et d’éventuelles culpabilités, pas plus claires. La narration joue sur les incertitudes, avec une indiscutable habileté. Vérités ou manipulations, les nuances peuvent s’avérer subtiles.


Marc Meneguz a lu L'hiver continue au fond du magasin (Bibliotheca - octobre 2009)

"Été 2000, chaleur accablante. Le feu ravage l'arrière-pays niçois. Dans la forêt calcinée, on a retrouvé le corps de Sophie. A-t-elle été assassinée ? Sa mort tragique va chambouler la vie paisible d'un petit immeuble accroché à la colline. Magali, névrosée du ménage, Jean-Robert, fasciné par le feu, Lisianne, la propriétaire livrée à sa solitude… chaque habitant paraît dissimuler un mobile enfoui dans un passé glacial malgré la fournaise, comme si les rouages du temps s'étaient gelés en une époque lointaine. Les cigales ont beau s'évertuer à jouer leur crin-crin, l'hiver continue au fond des cœurs et d'un certain magasin. Heureusement, les morts parlent plus volontiers que les vivants."

Une mort, un assassinat, ou du moins ce qui y ressemble, de nombreux suspects qui ont tous une bon mobile pour être à la place du coupable. Tel est la trame de ce certes classique mais très réussi polar de l'écrivaine française Françoise Laurent, roman paru en 2009 aux éditions Krakoen. Mais dans L'hiver continue au fond du magasin l'intérêt ne vient guère de son intrigue mais plus de sa magnifique galerie de personnages, où chacun, bien approfondi, s'y présente avec tous ses défauts, ses remords et regrets et son impossibilité d'échapper à son destin. L'arrière-pays niçois, généralement aperçu comme un paradis, devient ici un enfer, de plus accentué par les feux estivaux qui ravagent le paysage. L'ambiance est sombre, l'humour grinçant et le style entraînant.

L'hiver continue au fond du magasin de Françoise Laurent est un très bon polar, efficace et sombre à souhait. A lire au plus vite.

 

 
 
Copyright © Editions Krakoen / Photos : © Hugo Miserey