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Avant propos
Un coin de terre, entre brouillards et abandons, en contrepoint sinistre au riant pays de Toulouse. Un flic minable, un peu ripou, peut-être jeune encore, déjà raté. Un RMIste terré dans son mobile-home miteux, prêt à tout pour s’en extraire qui, affligé d’un tic répugnant, s’arrache les poils de toutes sortes et les collectionne. Des putes, des cambrioleurs, une aveugle, une aide-ménagère souillon et fouineuse et le destin en action qui vous touille tout ça. Trois chiens comme outils de la fatalité. Touille et ratatouille… Sans compter Madame Orion, Rose de son prénom, une vieille femme atteinte d’Alzheimer. Elle brade un trésor mythique et en toute inconscience sème la folie autour d’elle. Instrument du malheur, l’or du Tonkin va éjecter de leur orbite ces trajectoires humaines promises à une médiocrité ordinaire.
Jan Thirion construit par petites touches un univers déglingué. Vive, tranchante, son écriture impose une vibration électrique à l’histoire, rendant probable l’impossible, le décalé, le dérangeant. Ses prostituées sont tristement putassières, ses flics brutaux, le monde impitoyable, monde d’effroi et de cruauté. Et pourtant… tous sont désespérément humains, ordinaires, banals. Même le personnage de Rose : si elle a perdu contact avec la réalité, elle n’en est pas moins ambiguë. Pourquoi cette arme, pourquoi cette cache humaine derrière sa bibliothèque ? Qui attend-elle encore ?
Avec « Mikko » (Krakoen), Jan Thirion nous avait conté une farce légère et amère en même temps. Avec « Ego Fatum » (Krakoen), il nous offrait un feu d’artifice jubilatoire et tourbillonnaire. Toujours original, avec « Rose Blême », il brouille encore les genres. Pas polar, mais quand même. Pas symbolique mais enfin... Sa « rose blême » exhale le parfum d’une fleur vénéneuse… et contrairement à la couleur annoncée, jette des reflets noirs, très noirs, assurément noirs comme la couleur de la désespérance.
Ava Ventura (juin 2007)
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