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<<Dossier Max Obione
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Une
méchante humilité |
---------------------------- L’interview
de Maud Letti |
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| Maud
Letti : |
Dans
votre dernier roman intitulé « Les vieilles décences
», le narrateur est un auteur débutant. Pourquoi ressent-il
la nécessité de relater les aventures qu’il vit
désormais en compagnie d’un vieux flic à la retraite
? |
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| Max Obione : |
Parce
que la plume titille mon personnage depuis des années et qu’il
dispose désormais du temps et de la matière ; pour lui
le temps est venu de se lancer. Il est captivé par la vigueur
de ce flic — sa verdeur aussi. On note des ruptures dans son
style. Il est en recherche. En fait, il se plaît à explorer
les formes romanesques mêlant alternativement le passé
au présent, « les conjugaisons du temps » comme
il dit. |
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| Maud
Letti : |
Mais
cet apprenti écrivain exprime à un moment donné
des goûts littéraires bien tranchés. |
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| Max Obione : |
Exact
! Il déteste le moijisme manièré des petits livres
dans lesquels on décrit de petits émois, quand ce n’est
pas de la baise morne à la chaîne. Son ambition, mon
ambition ? — je retire mon faux nez —, c’est de
raconter des histoires tapageuses, avec un début, un milieu
et une fin, qui, tout en distrayant, donne un tantinet à penser
notre monde d’aujourd’hui et ses dangers : les manipulations
génétiques au cas particulier. |
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| Maud
Letti : |
Avec
des vraies gens dedans ? N'y a-t-il pas une pointe de démagogie
pour tout dire dans cette aspiration ! |
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| Max Obione : |
Vous
cherchez à me provoquer ?… Pourquoi donner, durant deux
heures et demi, à un passager du train Paris-Le Havre le loisir
d’échapper à son quotidien terne en le plongeant
dans une aventure rocambolesque serait-elle une entreprise littéraire
déshonorante ? Avec d’autres auteurs heureusement, je
crois à ce format « Paris-Le Havre » qui exprime
une nécessité distrayante. Le polar ou le roman noir
frayent avec le réel à cent lieues en tout cas de certains
monologues narcissiques tant « piédestalisés »
par nos caciques de la république des lettres. |
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| Maud
Letti : |
Vous
n’y allez pas de main morte, mais pourquoi l’auto édition
? |
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| Max Obione : |
L’auto
édition constitue une solution épatante. C’est
la chance des auteurs en liberté que d’utiliser les nouvelles
technologies numériques d’impression et l’Internet.
Afin d’échapper à la logique des réseaux
exclusifs, afin d’éviter de buter sur les portes closes
des maisons d’édition, c’est un mouvement qui devrait
s’amplifier à l’avenir avec l’aide d’une
coopérative d’auteurs éditeurs comme Krakoen qui
a su m’apporter toute l’aide souhaitable et dans laquelle
je m’implique désormais. |
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| Maud
Letti : |
En quelque
sorte : Publiez-les tous, le lecteur reconnaîtra les bons !
Mais revenons à votre roman dans lequel vous mettez en œuvre
un romanesque de la transgression frisant parfois la caricature. |
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| Max Obione : |
J’ai
toujours considéré que sans un brin de fantaisie et
d’humour les polars risquaient fort de ressembler à des
missels qui vous tombent des mains. Quand les héros de mon
enfance ont été Bicot, Les Pieds Nickelés et
Bibi Fricotin, - Tintin, et ses bons sentiments, ne m’a jamais
branché -, je me sens à l’aise dans la satire.
En bref, j’aime les traits gros de la satire afin que l’histoire
soit bien lisible. |
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| Maud
Letti : |
Je remarque
que vous ne citez pas de héros de roman. En plus des bandes
dessinées de votre enfance, quels sont les auteurs qui vous
ont le plus marqués ? |
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| Max Obione : |
A la
volée, je citerai le Victor Hugo de Claude Gueux et des Misérables,
mes deux Jules : Vallès et Renard, Zola, Céline de Mort
à crédit bien sur, Prévert, Simenon et Frédéric
Dard-San Antonio. |
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| Maud
Letti : |
Et parmi
les contemporains ? |
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| Max Obione : |
Je ne
citerai personne ! |
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| Maud
Letti : |
Par méchanceté
ou par humilité ? |
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| Max Obione : |
Une méchante
humilité. |
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| Maud
Letti : |
Belle
pirouette qui évite de se mouiller ! |
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| Max Obione : |
Disons
Didier Daeninckx et ADG. |
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| Maud
Letti : |
La structure
de votre roman suggère un scénario de film, est-ce un
débouché auquel vous avez pensé en écrivant
? |
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| Max Obione : |
Est-ce
étonnant avec ce qu’on ingurgite quotidiennement au ciné
ou à la télé ? On peut difficilement échapper
aujourd’hui à l’emprise de la syntaxe du récit
filmé, au surgissement dans l’écriture de l’image
en mouvement. Mon histoire se déroule sur quelques jours seulement.
Il n’empêche que la conduite elliptique du récit
dans le temps de l’histoire est requise pour pulser le rythme
d’un texte car l’action doit galoper en étant allégée
si possible des développements psychologiques qui freinent
le récit. |
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| Maud
Letti : |
On dit
que les dialogues sont la couleur et la musique du récit. Vous
semblez porter beaucoup d’attention à l’écriture
des dialogues. |
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| Max Obione : |
Je m'y
essaie tout en restant insatisfait du résultat ; les personnages
dans ce genre de roman doivent parler vrai même si cette authenticité
résulte – de mon point de vue – de dialogues très
écrits, voire très artificiels. Quand je dis –
vrai – c’est au sens qu’Henri Jeanson donnait à
ses répliques, notamment quand il faisait fleurir dans la bouche
de ses personnages inoubliables un parler où le bon mot faisait
toute la vérité de la situation quoiqu’en disent
les jocrisses du vérisme parleur. Rien ne m’indispose
plus qu’une langue complètement étrangère
à la situation, à la personnalité des héros
ou à leur extraction sociologique, dont la platitude n’a
d’égal que la viduité. Dans certains bouquins,
quand un pégriot de banlieue parle comme un académicien,
on prend vraiment le lecteur pour une truffe. A moins que le type
soit effectivement académicien et habite la banlieue, mais
çà ! c’est déjà une nouvelle fiction
qui commence… |
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| Maud
Letti : |
Vos deux
personnages sont des sexagénaires. A côté des
héros de roman noir, voici donc des héros de roman gris
– gris comme leurs cheveux clairsemés - dont l’appellation
est en cours d’émergence. Mais pourquoi des voyous et
même des criminels ? |
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| Max Obione : |
D’ordinaire,
le temps de la retraite marque banalement le début de la pente
fatale… mais à soixante balais et des miettes, on a encore
du nerf. Mes deux lascars appartiennent à une engeance hyper
active car ce qu’ils redoutent par dessus tout, c’est
l’ennui mortel des habitudes tristes. Alors au cours de leurs
tribulations, ils procèdent par distraction à quelques
réglages, à quelques nettoyages à sec salutaires… |
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| Maud
Letti : |
C’est
assez détonant effectivement. |
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| Max Obione : |
Ce qui
m’a intéressé en premier lieu, c’est l’inclination
d’un juge collet monté pour un flic vulgaire, une sorte
de fascination consciente du docteur Jekyll pour Mister Hyde, comme
l’attirance du reflet dans un miroir pour l’image de son
double effrayant. En second lieu, c’est évidemment le
travail d’écriture qui m’a captivé. |
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| Maud Letti : |
Je reviens
donc à vos deux personnages centraux qui sont des dévoyés
« graves » : le premier est un ancien substitut du parquet
judiciaire, qui s’inscrit au barreau la retraite venue, et,
le second, le fort en gueule, un flic également à la
retraite. |
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| Max Obione : |
C’est
la rencontre de deux personnalités antinomiques, mais on assiste
progressivement à la mise au jour de la personnalité
du juge tellement engoncé dans les vieilles décences
justement ; celui-ci jette enfin sa gourme au contact de ce flic qui
vient de la rue. Ils partagent les mêmes goûts esthétiques
: les vins de Loire et la chair des femmes. Tous les deux, durant
leurs carrières respectives, ont appliqué la loi des
codes au sein de juridictions et d’administrations lourdes et
fonctionnant mal. |
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| Maud
Letti : |
Ce qui
en conscience les autorise à réagir pour occuper leurs
loisirs …en violant la loi. Quand, au cours de leurs pérégrinations,
ils tombent par hasard sur un nid de malfaiteurs – de leur point
de vue personnel s’entend –, ils s’en donnent à
cœur joie. |
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| Max Obione : |
Personnellement,
l'instant du passage à l'acte m'a toujours questionné
; pourquoi bifurque-t-on ? vous faisant prendre un chemin semé
de crimes alors que tout vous dirigeait sur une avenue sans histoire.
Mes deux personnages ont une conscience politique, mais sans vraiment
expliciter leur point de vue plutôt paradoxal et schizophrénique
pour tout dire, ils revendiquent à travers leurs dérives
une plus grande efficacité des outils de sécurité
publique pour lutter contre les réseaux criminogènes.
Ils font leur justice eux-mêmes, en appliquant Leur Loi, celle
notamment qui ne s’embarrasse ni de la procédure pénale
ni des garanties de la défense par exemple. C’est un
parti pris de romancier que je ne partage pas en tant que citoyen
bien évidemment parce que, personnellement, j’ai une
hantise des purs, des justiciers ou des totalitaires de tout poil.
Pour tout dire : de la terreur. |
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| Maud
Letti : |
Vous
croyez vraiment à ce risque ? |
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| Max Obione : |
Chez
certains barjots, la tentation est grande de procéder à
des nettoyages, sans discussion, sans rémission, comme l’ont
montrés malheureusement quelques événements dramatiques
récents… |
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| Maud
Letti : |
C’est
la descente progressive vers la barbarie, comme il est indiqué
sur la quatrième de couverture ; à vous écouter,
j’ai vraiment l’impression que vous allez plus loin que
le roman visant la pure distraction. |
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| Max Obione : |
Vous
avez raison, arrêtons-la, car je donnerais à penser que
mon roman est un tract, ce qu’il n’est surtout pas. Ce
que je souhaite avant tout, c’est donner au public quelques
petits plaisirs de lecture. Tout bonnement. |
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| Maud
Letti : |
Aux voyageurs
du Paris-Le Havre. |
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| Max Obione : |
Ça
fonctionne aussi sur les autres destinations, j’espère. |
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